Vie quotidienne
“Combattre notre lâcheté ordinaire”, par Audrey Jougla
© AlexLinch/iStockphoto
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Si l’on évoque parfois le courage ordinaire, on évoque rarement notre lâcheté ordinaire, celle-là même qui nous pousse à fermer les yeux face à des situations de violence ou de maltraitance, alors qu’il ne fait aucun doute que nous devrions nous interposer. Jankélévitch nous aide à franchir le pas, et à comprendre pourquoi nous devrions toujours intervenir.
Cette scène, nous l’avons toutes et tous vécue. Dans la rue, les transports, au supermarché, il suffit d’un cri qui attire notre attention. Un adulte qui élève brusquement la voix sur un enfant, et à ses paroles brutales s’ajoutent bientôt un coup, une claque sur la tête ou un geste suffisamment violent pour que l’on soit frappé, nous aussi, par l’envie d’intervenir. On jette alors souvent un œil aux autres témoins de la scène, cherchant appui ou confirmation qu’il y a bien là matière à agir. Cherchant aussi, peut-être, à nous donner du courage. Pourtant, malgré le silence ou le temps d’arrêt commun, nous ne bougerons pas et il est bien rare que quelqu’un agisse.
Pourquoi et comment agir ?
La première fois que j’ai été témoin de violences verbales entre un adulte, qui semblait être leur père, et deux enfants, j’étais en terrasse d’un café. L’homme leur hurlait dessus, dans la rue, les rabaissant par des propos humiliants, les tirant (ou secouant) violemment par le bras. Toute la terrasse les a regardés, personne n’a bougé. Je n’ai rien fait non plus, ne sachant quoi dire, ni comment. Ce que l’on pourrait nommer notre lâcheté ordinaire s’abrite d’abord derrière un manque de décision. Que dois-je faire ? Que dois-je dire ? Et le moment opportun de s’éloigner, comme l’homme et les deux enfants, dans la rue. Trop tard, la fenêtre d’action s’est refermée.