Éducation nationale

“Enseigner, c’est affranchir”, par Audrey Jougla

Temps de lecture : 6 min

“Enseigner, c’est affranchir”, par Audrey Jougla

© Artem Maltsev/Unsplash

Cet article est réservé aux abonnés.

Malgré la désaffection dont souffre le métier d’enseignant, l’idée d’une utilité aussi spécifique qu’essentielle, d’un don, voire d’un contre-don envers les élèves, continue d’animer la vocation de ceux qui exercent.

Enseignante en philosophie, Audrey Jougla, qui a récemment publié l’essai De l’or dans la tête ! Repenser l’éducation pour réparer l’école (Double Ponctuation, 2022), explore, à l’aide de Hannah Arendt, la véritable mission du professeur.

 

Enseigner ne fait plus rêver, comme en témoigne la baisse inquiétante de candidats aux concours de l’enseignement, poussant le ministère à prolonger les délais d’inscription. Salaires en décalage avec le niveau d’études et l’inflation, conditions d’exercice parfois difficiles, système d’affectation rigide, manque de reconnaissance… constituent quelques-unes des causes du manque d’attractivité du métier. Comment comprendre ceux qui défendent l’amour de la profession ou leur vocation ? De quoi est tissée cette volonté de transmission, décrite par certains comme un feu sacré ?

Affranchir la pensée

Enseigner ne saurait se limiter à transmettre des connaissances ou la maîtrise de disciplines. Au-delà des mathématiques, des langues, des sciences ou de l’histoire-géographie par exemple, la transmission intellectuelle est un don spécifique qui s’efforce d’offrir à tous les élèves les moyens de développer leur esprit. L’école n’a pas seulement vocation à préparer les jeunes au marché du travail et à leur employabilité, mais bien plus à former des adultes capables de penser par eux-mêmes, des citoyens éclairés et libres dans la construction de leur jugement.

Enseigner revient alors à permettre le passage entre l’enfant et l’adulte, et de le faire pour la liberté future des élèves. Dans La Crise de la culture (1961), Hannah Arendt précise ce rôle d’antichambre de la vie : « L’école n’est en aucune façon le monde et ne doit pas se donner pour tel ; c’est plutôt l’institution qui s’intercale entre le monde et le domaine privé que constitue le foyer pour permettre la transition entre la famille et le monde. » Les enseignants ne transmettent pas du contenu (terme très en vogue) mais des moyens : ceux qui permettent de penser librement, d’exercer plus tard son libre arbitre et d’agir avec responsabilité.

Cet article est réservé aux abonnés