L'invention de la science : La nouvelle religion de l'âge industriel

Une recension de Antoine Rogé, publié le

La sécularisation des sociétés européennes qui s’est opérée tout au long de l’âge industriel s’est accompagnée de la construction d’une « nouvelle religion » : la Science ; avec une eschatologie qui lui est propre, celle du progrès ; et un clergé chargé de révéler la vérité aux profanes : les élites savantes. Déconstruisant le cliché d’une « science pure » (Louis Pasteur), l’historien Guillaume Carnino montre que la glorification du savoir a permis aux élites politiques et économiques qui naissent au début du XIXème siècle d’asseoir leur légitimité, avec la complicité d’un monde scientifique avide d’honneurs. Instrumentalisée, la Science sert d’abord à stigmatiser l’obscurantisme des opposants, qu’il s’agisse de cléricaux antirépublicains ou d’ouvriers hostiles à la « rationalisation » de leurs méthodes de travail. Sans être très novatrice, l’analyse de Carnino nous rappelle ainsi que le savoir constitue l’une des dimensions du pouvoir moderne, avec le risque constant que les experts finissent par prendre le pas sur les politiques.

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