Le livre du jour

”L’Invention du colonialisme vert”, de Guillaume Blanc

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”L’Invention du colonialisme vert”, de Guillaume Blanc

Des girafes qui gambadent dans la savane, des gnous qui traversent des rivières, des singes qui volent de branche en branche au creux des montagnes… La nature africaine a de quoi faire rêver. Pourtant, cette vision idyllique d’un environnement sauvage intouché, qui fait le régal des documentaires animaliers et des voyagistes, est un mythe. Dans L’Invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l’Éden africain (Flammarion, 2020), en librairie mercredi 9 septembre, l’historien Guillaume Blanc raconte comment, depuis la période coloniale, s’est construit ce fantasme d’un sanctuaire africain éternel – et il alerte sur les conséquences désastreuses de la « stupéfiante bonne conscience » des Occidentaux quant aux populations locales. Tout en reconnaissant l’importance de la préservation des écosystèmes, il dénonce la « déshumanisation » de ces territoires au nom du développement durable. Un livre fort, qui vous passera peut-être l’envie de réserver un safari pour les vacances...

 

  • Des colons aux « experts » de l’environnement. Les premiers parcs naturels africains sont créés au début du XXe siècle à l’initiative des colons. Ces derniers « font de la nature ce qu’ils croient qu’elle fut » : un paradis sur Terre, alors même que la colonisation fait vivre aux habitants un enfer. Depuis les indépendances, les politiques environnementales en Afrique « sont mises en oeuvre par des États africains, sous le patronage d’institutions internationales (Unesco, WWF...) ». Les administrateurs coloniaux se sont reconvertis en « experts » internationaux. On retrouve les mêmes personnes aux postes clés, comme si la décolonisation n’avait jamais eu lieu. Cette mainmise a été facilitée par des gouvernements locaux, dans un double objectif : « se faire accepter par le monde extérieur » et imposer « un récit national » à leurs administrés, dans un contexte souvent très instable. Ce que l’historien déplore : « Les États africains instrumentalisent les normes de la gouvernance verte et globale pour imposer la violence de leur régime. »
  • Violence du paternalisme ? Le classement au patrimoine de l’Unesco a de quoi laisser songeur. L’Afrique abrite un quart du patrimoine naturel mondial (environ 50 sites sur 213) contre seulement 6% du patrimoine culturel (54 sur 839). « Il y aurait le génie de la culture chez les uns, et la beauté de la nature chez les autres », ironise Guillaume Blanc. Retranchés derrière leur bonne volonté, les experts environnementaux perpétueraient en fait une vision « raciste » du continent africain, selon l’auteur : « La nostalgie d’une nature africaine intouchée est aussi vieille que l’idée de sociétés africaines hors du temps, incapables qu’elles seraient de s’arracher à l’ordre naturel du monde. » En Europe, l’humain s’adapte à la nature ; en Afrique, il la dégrade... Ce paternalisme écologique, d’autant plus difficile à combattre qu’il s’inscrit dans une lutte globale contre l’extinction des espèces animales, renforce d’après l’auteur les pires préjugés à propos de l’Afrique : « Le monde moderne et civilisé doit continuer à sauver l’Afrique des Africains. »
  • Le développement durable, un « piège ». Faut-il pour autant abattre les enclos des parcs naturels et bétonner la savane ? Pas exactement. S’appuyant notamment sur une étude de terrain qu’il a menée en Éthiopie, Guillaume Blanc montre que « la naturalisation forcée de toute une partie du continent » s’est faite au détriment de populations locales, expulsées pour le bon plaisir des experts et des professionnels du tourisme. Plus d’un million de personnes ont été expulsées de leurs villages et des milliers continuent de l’être chaque année. Pourtant, ces autochtones pratiquant l’agropastoralisme ont un mode de vie qui préserve justement les écosystèmes. « Pour sauver la planète, il faudrait vivre comme ces habitants expulsés », résume Guillaume Blanc. À la place, on vide les paysages des humains qui y vivent et on développe un tourisme générateur de pollution pour la planète. Le développement durable à l’occidentale est « un piège », assure l’auteur : « Croire que la nature est préservée là où il n’y a pas d’hommes, c’est aussi s’autoriser à causer des dommages là où vivent les hommes. » Prendre soin des animaux sans causer de tort aux humains qui vivent auprès d’eux, tel est le nouvel équilibre à trouver.
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