Dossier / “Est-ce qu’on travaille trop ?”
5 réformes auxquelles le gouvernement n’a pas pensé
Carte postale (détail). © Patrick Tourneboeuf/Tendance Floue
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Cet article est issu du numéro 167 de Philosophie magazine « Est-ce qu’on travaille trop ? », en kiosque le 16 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Concentrer le débat sur la réforme des retraites autour de la question de l’âge de départ, fixé à 64 ans pour tout le monde (ou presque), était-ce vraiment une bonne idée ? D’autres réformes n’étaient-elles pas envisageables ? Nous avons soumis cinq hypothèses iconoclastes au politologue Bruno Palier.
Hypothèse n° 1 / Les seniors paient trois années de « retraite » aux jeunes, à prendre avant 30 ans
« L’un des enjeux de la retraite est la solidarité intergénérationnelle. En France, dans les années 1970, nous avons amélioré les systèmes de retraite lorsqu’on s’est aperçu que les actifs bénéficiaient de la croissance économique, tandis que les plus âgés se retrouvaient acculés à la pauvreté. Cela a si bien fonctionné que nous nous retrouvons dans une situation inversée, où les retraités ont en moyenne un meilleur niveau de vie que les actifs, alors que les jeunes s’en-foncent dans les difficultés.
Je serais pour ma part favorable à une solidarité intergénérationnelle allant dans les deux sens, car le sort des retraités devrait dépendre du niveau de bien-être des jeunes. Il pourrait être intéressant de donner aux jeunes les moyens de financer leurs études ou leurs débuts professionnels pendant trois ans, indépendamment du niveau de revenu de leurs parents. Un tel dispositif existe dans les pays nordiques : il s’agit moins de donner aux jeunes une “retraite” qu’un “revenu d’autonomie”. Son versement est universel, mais chaque jeune doit poser un projet en début d’année et est accompagné dans sa réalisation.
L’impôt proportionnel rendrait possible la mise en place ce système : il s’agirait d’augmenter (un peu) l’impôt sur les retraités les plus aisés. La contribution sociale généralisée, à rebaptiser contribution sociale intergénérationnelle généralisée, serait le bon outil pour le faire. On pourrait même proposer à certains retraités de devenir les mentors de quelques jeunes. »