Dossier / “Est-ce qu’on travaille trop ?”

Faut-il chercher à se réformer ?

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Faut-il chercher à se réformer ?

Première journée de mobilisation à Paris contre l'annonce du gouvernement du report de l'âge légal de la retraite à 64 ans. Paris, 2023-01-19.© Xose Bouzas / Hans Lucas.

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Cet article est issu du numéro 167 de Philosophie magazine « Est-ce qu’on travaille trop ? », en kiosque le 16 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’examen du projet définissant l’avenir de notre système de retraite suscite de vives réactions. Elles ne tiennent peut-être pas qu’à des préoccupations économiques mais renvoient aussi à notre rapport brouillé au travail lui-même.

 

« Travailler moins pour vivre plus. » « Je veux vivre à taux plein. » « Borne out ! »… Comme à chaque mouvement de lutte sociale, les manifestants rivalisent d’imagination. « Grève recombustible », pouvait-on encore lire mardi 31 janvier dans les rues de Paris, à l’occasion de la deuxième manifestation, qui rassemblait plus d’un million trois cent mille protestataires. Selon un sondage publié le 18 janvier par Ipsos Sopra Steria pour Franceinfo et France TV, 64 % des Français seraient opposés à ce projet de loi prévoyant le relèvement de l’âge légal du départ à la retraite de 62 à 64 ans, ainsi qu’à l’augmentation de la durée de cotisation.

Les arguments pour expliquer cette levée de boucliers sont divers, mais un sentiment les ramasse : l’injustice, quand bien même le gouvernement a fait de la justice l’un de ses éléments de langage, avant de l’abandonner au profit de la « nécessité ». À quoi tient-il, ce sentiment ? Au fait de voir les règles changer subitement pour ceux qui étaient proches de prendre leur retraite ; de solliciter l’effort des travailleurs et non celui des entreprises ; de choisir une mesure d’âge et non de durée de cotisation, défavorisant ceux qui ont commencé tôt, ainsi que les femmes ; de ne considérer que les actifs sans mettre à contribution les retraités, dont le niveau de vie est pourtant, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en moyenne plus élevé que celui du reste de la population. Ce sentiment d’injustice – proportionnel à l’attachement au principe de solidarité fondant notre système assurantiel ? – risque ainsi de creuser un conflit générationnel… « C’est la crise, mangez les riches » brandissait une jeune femme sur un carton au bout d’un pique, le 31 janvier.

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