Actualité
Abdelwahab Meddeb : « Il n’y a pas de meilleur antidote à l’obscurantisme »
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 43 de Philosophie magazine « 43 - octobre 2010 », en kiosque le 30 septembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Le retour au “Mahomet” (1736) de Voltaire est précieux pour dénoncer le fanatisme au-delà de l’islam. Et cette pièce demeure efficiente pour accabler les islamistes qui réduisent l’islam à la terreur ; ils en font une idéologie sanguinaire destinée à éliminer quiconque pense autrement, qu’il soit musulman ou non. Le distique : “Le glaive et l’Alcoran dans mes sanglantes mains, / Imposeraient silence au reste des humains” pourrait être endossé par nos islamistes d’aujourd’hui. La pièce fustige en outre la manipulation par laquelle on procède pour produire des fanatiques. Certes, Voltaire, dans Mahomet, se savait injuste à l’égard de l’islam et de son prophète. Mais son projet débordait cette religion. Il a simplement trouvé dans l’islam une matière convaincante pour dégager la structure politique, idéologique, psychologique et anthropologique du fanatisme quelle que soit la source où ses prétendants s’abreuvent. D’ailleurs, Voltaire dira plus tard son admiration pour l’islam et Mahomet. Il parle du génie des Arabes qu’il compare à celui des Romains. Dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1756), il porte un jugement plutôt favorable sur Mahomet situé à la hauteur d’Alexandre ; toutefois, Voltaire n’a jamais perçu en lui un prophète sincère ; il nous dit qu’il imposa sa foi par des “fourberies nécessaires”. Et sa dernière phrase sur l’islam (1772) est très avantageuse ; il y voit une religion sage, sévère, chaste, humaine, tolérante. Ce qu’il dit de négatif sur Mahomet est bien plus doux que ce qu’il dit sur Jésus : “Un chef de parti, un gueux, un homme de la lie du peuple…” Le regard négatif sur l’islam est à inscrire dans la dénonciation des religions et des manipulations qu’elles favorisent ; sa vision du christianisme n’est pas non plus tendre : “Tant qu’il y aura des fripons, il y aura des religions. La nôtre est sans contredit la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde.”