Russie

Attentat à Moscou : la cécité idéologique et l’insistance du réel

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Attentat à Moscou : la cécité idéologique et l’insistance du réel

Photo diffusée par l’agence d’État russe Sputnik. Vladimir Poutine allume une bougie le 24 mars 2024, lors d’une journée de deuil national à la suite de l’attentat dans le centre commercial Crocus à Krasnogorsk (Russie), qui a été revendiqué par le groupe État islamique (EI). © Mikhail Metzel/Pool/AFP

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Pourquoi la Russie n’a-t-elle rien fait en dépit des alertes multiples lancées par les Américains quelques jours avant l’attentat du centre commercial Crocus, situé dans la banlieue de Moscou ? Pourquoi, malgré l’évidence, s’efforce-t-elle désormais d’imputer, par des théories alambiquées, la responsabilité de l’attentat dévastateur à son ennemi déclaré, l’Ukraine ? Nous sommes, semble-t-il, face à un cas paradigmatique de déni, défini par Freud comme « un mode de défense consistant en un refus par le sujet de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante ». Plus exactement, le père de la psychanalyse parlerait sans doute de déni « psychotique », dans la mesure où il s’agit d’occulter une réalité extérieure, et non de refouler une pulsion.


 

L’approche psychanalytique a bien entendu ses limites. Elle porte essentiellement sur la vie intime de l’individu. L’individu – le tout-puissant Poutine – n’est évidemment pas un enjeu purement périphérique. Son éventuel déni doit cela dit être nuancé : de nombreux informateurs soulignent que, pour différentes raisons, ses services de renseignements, en matière de guerre en Ukraine comme, possiblement, aussi de menaces terroristes, lui dissimulent certaines informations. Mais surtout, on peut émettre l’hypothèse que dans la Russie en guerre, la dénégation a une dimension politique et collective.

Cette dimension, on peut la qualifier d’idéologie. Depuis des années, avant même le déclenchement des offensives de 2014 puis de 2022, le maître du Kremlin, appuyé sur différents « penseurs », a été l’artisan d’une vision binaire du monde, clivé entre un bloc américain-occidental-impérialiste-colonial et un bloc mené notamment par la Russie luttant sans relâche contre la coalition atlantiste. Une forme de conflit de civilisation. Cette vision duelle devient une clef d’explication du monde qui dénie, quand il le faut, la complexité tenace du réel lorsque celui-ci semble la contredire. Telle est la logique idéologique ainsi caractérisée par Hannah Arendt.

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