L'oeil et l'esprit
Beauté vivante
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Cet article est issu du numéro 12 de Philosophie magazine « 12 - septembre 2007 », en kiosque le 23 août 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Aux yeux de Hegel, la sculpture grecque a réussi à unir le corps et l’esprit, à donner vie au divin au cœur de la matière. Le philosophe tente d’expliquer ce miracle à partir des détails du visage, dont le fameux profil grec, et du soin des modelés.
Les noms de Phidias et de Praxitèle sont devenus synonymes de perfection idéale, d’un art où tout n’est qu’ordre, grandeur calme, pureté marmoréenne. Hegel s’intéresse à la sculpture grecque parce que la Grèce est pour lui la patrie originelle de l’esprit – ce dernier régit l’ensemble de la pensée et de l’activité humaine, et se déploie dans l’histoire, se révélant peu à peu à lui-même.
Pour le philosophe, la sculpture est, sur le chemin que parcourt l’esprit vers la conscience de soi, un moment d’équilibre, qui coïncide avec l’art classique. Alors que dans l’architecture, la matière façonnée d’après les lois de la pesanteur renvoie à l’esprit de manière encore extérieure, dans la sculpture, le corps humain est tout entier pénétré par l’esprit, qui se fond avec la matière. La sculpture a pour contenu ce que Hegel appelle le divin, c’est-à-dire l’esprit dans sa nature essentielle, dans son objectivité exempte de tout ce qui est accidentel et passager, les passions, les impressions, les mouvements liés à la circonstance, dont s’occupent les arts de l’intériorité comme la musique et la poésie. « La sculpture […] doit représenter le divin en soi, dans son calme infini et sa sublimité, éternel, immobile, sans personnalité tout à fait subjective », note le philosophe allemand dans son Esthétique. Mais il appartient à la sculpture d’individualiser cet élément général et fixe, de l’incarner dans un corps de telle sorte qu’il ne soit pas présent de manière abstraite, qu’il prenne vie dans le marbre ou le bronze.