Le classique subjectif

Blaise Pascal, révéler les ombres

Temps de lecture : 4 min

Illustration : © Jules Julien pour PM

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Cet article est issu du numéro 152 de Philosophie magazine « Sommes-nous si fragiles ? », en kiosque le 26 août 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Quelle posture adopter face à l’infini qui nous enveloppe ? Pascal est tout entier pris dans ce questionnement métaphysique qui souligne aussi bien la finitude de l’être humain que la force de sa pensée.

Ce qu’il a changé

Et si le savoir et les sciences venaient à bout du monde et de tout ce qu’il y a à en connaître ? Cette utopie traverse le Grand Siècle, qui voit les échanges commerciaux, ainsi que la circulation des hommes et des idées, se densifier. En Europe, on commence à avoir des rêves d’expansion et à lorgner du côté de terres récemment découvertes et conquises. À l’inverse d’un Descartes qui accompagne le mouvement, avec son rationalisme qui tente de rendre le monde clair et transparent, Pascal pointe au contraire les zones d’ombre, celles qui, par leur obscurité, suggèrent qu’un abîme d’inconnaissable subsiste toujours. Cet abîme, Pascal en a la révélation lors de sa « nuit de feu », le 23 novembre 1654, qu’il relate dans le « Mémorial » placé en ouverture des Pensées. Il lui donne le nom de Dieu, mais ce pourrait tout aussi bien être un vertige, voire une ivresse : « Joie, joie, joie, pleurs de joie », scande-t-il. Les thèmes du gouffre, du vertige et de l’infini traversent toute la suite du texte : « Tout ce monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. Nulle idée n’en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions, au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C’est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. » Puisque l’Univers n’est pour l’être humain qu’un « petit cachot où il se trouve logé », il y a bien peu de chances qu’il parvienne à en épuiser intérieur et extérieur. Descartes fera plus d’émules que Pascal, quand ce dernier sera rangé au rayon des moralistes, plus apte à inquiéter l’homme qu’à le faire agir. Pas étonnant que leur rencontre en 1647 les ait chacun laissés sur leur faim !

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