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“Brésilianisation”

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“Brésilianisation”

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Cet article est issu du numéro 151 de Philosophie magazine « L’étrange gravité du sexe », en kiosque le 08 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Depuis le début des années 2000, un certain nombre de politologues soulignent combien la trajectoire économique mondiale rejoint celle du géant d’Amérique du Sud : explosion des inégalités, constitution d’oligarchies, privatisation des richesses… La brésilianisation ne peut pourtant se réduire à ces observations empiriques, insiste le chercheur en sciences sociales Alex Hochuli dans un article paru dans la revue American Affairs : elle est inséparable d’une faillite de l’idéal moderne de progrès. L’utopie d’un épanouissement collectif ne s’est pas réalisée, mais nous demeurons attachés à elle, car aucun autre idéal n’est venu la remplacer. « La frustration de ne pas avoir l’avenir qui nous a été promis […] est devenue constitutive de notre formation sociale elle-même. » Cette « rencontre avec un avenir nié » s’exprime de manière radicale au Brésil, « nation vouée à rester à jamais le pays du futur ». Nous nous trouvons démunis face à cette « lente annulation du futur », comme le disait le philosophe Mark Fisher : le « cynisme » impuissant est devenu notre seule réaction face à un monde « postmoderne » déboussolé où règnent « l’indétermination, l’irrésolution » et la confusion, où l’idéal de progrès est bien souvent devenu l’alibi creux de l’exploitation.

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