Entretien

André Markowicz : “La confrontation entre la culture et le pouvoir, fondatrice de la culture russe, est au cœur de cette guerre”

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André Markowitz en 2021

André Markowitz en 2021. © Jacques Grison

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Depuis presque dix ans, André Markowicz, grand traducteur des œuvres de Dostoïevski (chez Actes Sud) et auteur de L’Appartement (Inculte, 2018), documente la montée du nationalisme russe, en écho aux poussées de fièvres patriotiques passées qui ont persécuté tant d’écrivains, de Pouchkine à Chalamov.

 

Vous utilisez votre compte Facebook comme un journal public d’écrivain. Depuis le 24 février, vous avez décidé de consacrer tous vos écrits à l’Ukraine. Pourquoi ?

André Markowicz : Je ne sais pas. Je sens que c’est absolument essentiel. Il faudrait que je parle d’autre chose mais je n’y arrive pas. Je me sens obligé de poursuivre. En dehors de la traduction de l’œuvre de Dostoïevski, j’ai consacré mon travail à cette confrontation, si fondatrice pour la culture russe, entre la poésie, la littérature d’un côté, et le pouvoir de l’autre. J’ai écrit un livre, Le Soleil d’Alexandre [Actes Sud, 2011]. C’est une biographie de Pouchkine à travers la traduction et le commentaire de deux cents poètes et romantiques russes contemporains. Nombre d’entre eux ont été emprisonnés et exilés, comme Pouchkine lui-même, après le complot des décembristes de 1825 contre le tsar Nicolas Ier. Et ces gens-là se sont vécus pour la première fois comme une génération, celle des poètes contre le pouvoir et la tyrannie. Cette génération par la guerre est une des constantes de l’histoire russe. Le pouvoir passe son temps à détruire les gens et la culture. Regardez le stalinisme… Aujourd’hui, dans le drame ukrainien, il y a le massacre de milliers de civils et le déplacement de millions d’autres. Les villes brûlent. Mais l’Ukraine, c’est aussi Boulgakov, né à Kiev, dont j’ai traduit Le Maître et Marguerite. Je pense aussi à Vassili Grossman, né à Berditchev, à Gogol, et à tant d’autres. Que restera-t-il de la langue russe après cette énième destruction ? Poutine a détruit au moins pour une génération le bilinguisme en Ukraine.

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