Analyse

La pastille d’iode, un micro-objet aux maxi-pouvoirs ?

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Pastille d’iodure de potassium. Photo d’illustration

Pastille d’iodure de potassium. Photo d’illustration. © Gwendoline Le Goff/Panoramic

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L’invasion russe en Ukraine a ravivé la peur d’une guerre nucléaire ou de la propagation d’un nuage radioactif au-dessus de l’Europe. Depuis que Vladimir Poutine a menacé l’Otan et ses alliés d’user de son arsenal nucléaire, aux yeux de certains, les comprimés d’iode deviennent soudain si précieux qu’ils semblent investis de pouvoirs magiques… Cette précipitation vers les petites capsules, observée dans de nombreux pays européens, traduit la panique générale causée par l’escalade du conflit. Quid ?

L’hyperobjet radioactif

La menace nucléaire nous confronte à un danger disproportionné que le philosophe britannique Timothy Morton qualifie d’hyperobjet. Selon lui, qui a forgé ce néologisme, cette notion recouvre tous les phénomènes contemporains qui, par leur ampleur démesurée, ne peuvent être appréhendés dans leur totalité. Le nucléaire ou le réchauffement climatique en font partie. Contrairement aux objets classiques, les hyperobjets possèdent des propriétés troublantes : ils sont visqueux, ils ne connaissent pas de contours précis ; ils sont non locaux, mais disséminés ; ils ont une temporalité étendue, ils perdurent pendant des années, des siècles ; ils interagissent entre eux pour cumuler leurs effets.

Les matières radioactives répondent à ces quatre propriétés fondamentales : elles traversent nos corps, se propagent dans l’espace, subsistent pendant des milliers d’années et sont légion. L’« hyper » (du grec ὑπέρ, huper, « au-dessus, au-delà ») se caractérise par une intensité ou une propriété supérieure à la normale : il réside dans l’excès. La radiation nucléaire échappe à notre appréhension tout en occupant « massivement le temps et l’espace en regard de l’échelle humaine ». La menace nucléaire est inconcevable mais omniprésente. Elle révèle notre impuissance et comme le souligne Timothy Morton, son usage serait « directement responsable de la fin du monde ».

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