Cinéma

“Cette musique ne joue pour personne”. Eux, durs ?

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“Cette musique ne joue pour personne”. Eux, durs ?

Cette petite musique ©David Koskas/Single Man Productions

Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Sous ses apparences de réjouissante pochade, le nouveau film de Samuel Benchetrit s'offre un casting cinq étoiles pour interroger la nature de l'art… à grands coups de fusil à pompe.

 

« Des formes et des couleurs naissent dans les ténèbres, chef », dit l’un des personnages de cette comédie de Samuel Benchetrit. Des gros durs s’y piquent de poésie et des violents s’essaient au théâtre. Jeff (François Damiens), un entrepreneur régnant en mafieux sur le transit d’une ville portuaire, s’octroie les services d’un professeur pour apprendre à rimer et à séduire une jeune femme. Si c’est infructueux, « je descendrai mon professeur de poésie », promet-il en alexandrins. Parmi ses hommes de main, Jacky (Gustave Kervern) finit sur scène après avoir descendu les prétendants au rôle de Sartre dans une comédie musicale d’amateurs. Dans ce spectacle mis en abîme, Vanessa Paradis interprète Beauvoir, chantant l’existentialisme en faisant des claquettes aux côtés de Camus, Gandhi et Malraux. Volontiers potache, rendant hommage à Tarantino et à Kaurismäki – le réalisateur parle des « Sopranos à Dunkerque » –, le film pose néanmoins une question sur la nature « ontologique » de l’art, sur l’être des choses belles. Avant de tirer un coup de fusil à pompe, François Damiens s’émeut ainsi d’un morceau de Schubert à la radio. Il interroge sa future victime : « Cette musique, on est là pour l’écouter. Mais si y a personne pour l’entendre, est-ce qu’elle existe encore ? » Que sont en effet une couleur ou une musique indépendamment du regardeur ou de l’auditeur ? Existent-elles malgré tout ou seulement pour le monde humain ? En guise de réponse, Samuel Benchetrit évoque cette citation de l’écrivain Jerzy Kosinski, qu’il aurait glissée dans sa poche durant le tournage : « Tant qu’on ne regarde pas les gens, ils n’existent pas. » Putain, c’est beau !

 

De Samuel Benchetrit / Avec François Damiens, Ramzy Bedia, Vanessa Paradis, Gustave Kervern, JoeyStarr, Valeria Bruni Tedeschi, Vincent Macaigne, Bouli Lanners, Bruno Podalydès / Durée : 1h47 / En salles le 29 septembre