Génie des lieux
Ceux qui restent
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Cet article est issu du numéro 107 de Philosophie magazine « Peut-on aller bien dans un monde qui va mal ? », en kiosque le 15 février 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment vivre quelque part quand tout nous y rappelle la mort d’un proche ? Vaut-il mieux fuir ou lutter pied à pied avec ce qui nous hante ?
Où vont les morts ? Voltigent-ils autour de nous ? Ferment-ils à jamais le caveau pour se dissoudre dans le néant ? Se réfugient-ils au-dedans de nos âmes, comme le croyait la danseuse Isadora Duncan, quand elle perdit ses enfants ? La question paraît banale, comme toutes les questions éternelles. Chacun se la pose, personne ne sait rien. Une chose est certaine, les morts hantent les lieux où ils ont vécu comme si, par un principe d’infusion, leur souvenir imprégnait le sol. « Un sanglot rôde et court par-delà l’horizon », écrivait Charles Péguy dans la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres. On fera aisément la constatation de la percolation des morts sur un champ de bataille (un boqueteau, un chaume ou un labour). En pareils lieux, la géographie semble émettre un rayonnement funèbre, une pulsation de requiem.