Air du temps
Connaissez-vous le “cringe” ?
© Tengyart/Unsplash
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« Waouh, c’est vraiment cringe ! » : impossible que vous y ayez échappé, tant ce petit mot emprunté à la langue anglaise connaît un succès foudroyant dans les conversations des jeunes. Mais que signifie-t-il vraiment, et pourquoi n’arrive-t-on pas à lui trouver de traduction satisfaisante ? Explication avec Sartre et Bergson.
À peine vous étiez-vous habitués aux néologismes « chelou », « malaisant » (dans Le Robert depuis 2019) ou « gênance » que les voici chassés par un petit nouveau importé de l’anglais : le cringe. Au cours d’un repas de famille votre oncle répète pour la énième fois une blague aux relents sexistes dont il semble pourtant très fier : cringe. À la pause déjeuner, une collègue détaille pendant de longues minutes sa recette d’endives au jambon sans laisser personne en placer une : cringe. Quelques semaines après le début de la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron s’affiche en sweat-shirt, mal rasé, l’air de porter le poids du monde sur ses épaules, en écho au look de guerre de Volodymyr Zelensky : cringe. Votre daron combine les mots « cringe », « djeun’z » et « woke » dans une seule et même phrase, pensant jongler à la perfection avec le langage de ses enfants : archi cringe.
En version originale, le mot cringe désigne quelque chose d’embarrassant, de gênant, mais qui suscite néanmoins un certain amusement. Si vous cringez, c’est que vous assistez à une scène qui vous met mal à l’aise, sans que vous puissiez tout à fait vous en détacher, tant l’étrangeté de ce dont vous êtes témoin vous fascine. Votre embarras s’accompagne même d’un léger sourire, au point que la personne qui suscite votre mouvement de cringe peut le prendre pour de l’assentiment. Vous voilà d’ailleurs pris au piège : la source du cringe – votre collègue, votre père, le proche lourd – n’aura de cesse de chercher le reflet de cet amusement dans vos yeux, sans voir qu’y brillent aussi quelques larmes de souffrance.