Oh ! La belle vie

Conseil n° 11. Arrêtez de vous tâter !

Temps de lecture : 2 min

Illustration : © Alain Pilon/Costume 3 Pièces pour PM

Illustration : © Alain Pilon/Costume 3 Pièces pour PM

Cet article est issu du numéro 152 de Philosophie magazine « Sommes-nous si fragiles ? », en kiosque le 26 août 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ça va arriver vite maintenant. Il n’y a plus de temps à perdre. On est déjà en septembre. Autant dire que dans un an, l’état de grâce pour le (ou la) nouveau (ou nouvelle) président(e) sera terminé depuis déjà un bon bout de temps. Vous avez remarqué : le temps s’accélère. Le type est élu. Aussitôt, il repart en campagne. Il n’a pas tort. Il est meilleur quand il est candidat que quand il est élu.

Toujours est-il que l’échéance approche. Le mieux, ce serait de dire maintenant quelles sont vos intentions. Dans huit mois, je vous le rappelle, il sera trop tard pour vous poser la question. Eh oui ! C’est le moment d’abattre les cartes, d’abréger le suspense, de cracher le morceau. La question à laquelle il va vous falloir répondre, c’est si, oui ou non, vous voulez être candidat à la présidence de la République.

(De moins en moins de personnes se déplacent pour aller voter, mais de plus en plus de clampins s’imaginent diriger la France. C’est un paradoxe français.)

Vous vous tâtez… La présidence de la République, ça a des avantages mais aussi des inconvénients. L’Élysée, comme pied-à-terre à Paris, c’est pas mal, bien placé, spacieux. En plus, il y a un parc. L’été, on peut manger dehors. Ça doit même être possible d’installer un barbecue… Quand on est président(e), on n’a plus besoin de faire les courses, le ménage, la vaisselle, d’aller porter la voiture au garage…

D’un autre côté, c’est quand même une vie de patachon : levé tôt, couché à pas d’heure, être obligé de porter un costume du matin au soir, de faire des ronds de jambe à longueur de temps… Bref, vous vous tâtez…

Souvent, vous vous dites : « Après tout, je ne serais pas pire qu’un autre… » On voit la hauteur de vos ambitions. Surtout que vous n’êtes pas un bleu. De la politique, vous en faites depuis des années. Quand vous preniez l’apéro, au Bar des sports ou au Balto, avec P’tit Louis, Marcel, Jeannot, il n’était pas rare que vous commenciez vos phrases par : « Moi, si j’étais le gouvernement… » 

Depuis la multiplication des chaînes d’information en continu, vous ne prenez plus l’apéro avec les copains mais dans les studios de la télé. Vous êtes invité comme consultant. Mais vous êtes resté le même. Vous commencez toujours vos phrases par : « Moi, si j’étais le gouvernement… » 

En ce qui me concerne – parce que, évidemment, je me suis moi aussi posé la question –, j’ai décidé, cette fois encore, après une période de réflexion, de consultations diverses, de passer mon tour. C’est donc décidé, et je vous le dis dès à présent et très solennellement : je ne me présenterai pas en 2022 à la présidence de la République. Et je le dis sans regret ni amertume. Question de responsabilité – de stratégie, surtout. 

Je préfère être un recours dans cinq ans quand la situation sera encore pire.