Mort de Nahel M.

“Dans l’émeute se joue un retour au corps collectif qui triomphe de l’individualisme”

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Manifestation à Nanterre (92), dans la banlieue ouest de Paris, le 29 juin 2023

Manifestation à Nanterre (92), dans la banlieue ouest de Paris, le 29 juin 2023. © Michel Setboun/SIPA

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Auteur d’un ouvrage récent intitulé Éloge de l’émeute (Les Liens qui libèrent, 2023), le philosophe Jacques Deschamps nous invite à penser la réalité de la situation actuelle en dépassant le réflexe d’indignation face au spectacle des violences et des dégradations.


 

Que se passe-t-il actuellement en France ?

Jacques Deschamps : Vous avez noté que le mot d’« émeutes » a été partout immédiatement employé. Ce n’était pourtant pas le cas à l’occasion des manifestations contre la réforme des retraites, même lors des épisodes les plus violents qui les avaient accompagnées. Or ici le terme a été utilisé, de la même manière qu’on avait parlé des émeutes de banlieues de 2005. On peut aussi les rapprocher du mouvement des Gilets jaunes, que j’avais personnellement suivi de près pour comprendre les manifestants et rédiger mon livre. Je considère pour ma part que ce qui s’y jouait relevait aussi de l’émeute à l’état pur.

“Avec ces émeutes, c’est le petit peuple, normalement invisible, qui surgit d’un coup et de façon extrêmement brutale, avec un déchaînement de violence gratuite, pure” Jacques Deschamps

 

Est-ce la même colère qui se répète ?

Disons qu’il y a un paramètre supplémentaire dans ces émeutes de banlieues. Je n’ai pas voulu en parler dans mon essai, parce qu’il y a quelque chose de particulier dans celles-ci, à savoir cet énorme problème de l’intégration des enfants issus de l’immigration, ce qui complique la donne avec les questions des valeurs de la République et de la laïcité, et mériterait un livre en soi. Mais même avec cette différence, il y a une forme de récurrence historique frappante dans le fait que c’est le petit peuple, c’est-à-dire celui qui n’est pas visible le reste du temps, qui surgit d’un coup et de façon extrêmement brutale, avec un déchaînement de violence gratuite, pure. Voici ce que j’appelle délibérément la « populace », même si le mot peut sembler péjoratif et désuet, car il y a vraiment quelque chose de cet ordre. Ces banlieues lointaines et cet arrière-fond social arrivent sur le devant de la scène.

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