(Psycho)géographie
De quoi le toponyme est-il le nom ?
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La Côte d’Azur, La Rochelle, Chamborigaud… Le nom d’une région, d’une ville ou d’un village, c’est déjà le début d’un voyage. Comment les noms de lieux agissent-ils sur nous ? D’où vient leur pouvoir évocateur ? Peuvent-ils aussi être dépréciatifs ou désagréables ? L’écrivain Marcel Proust, le philosophe Henry David Thoreau et le géographe Roger Brunet nous permettent d’appréhender les différentes facettes du mystérieux pouvoir des toponymes.
Le toponyme est “un poème que la foule entend et lit”
Les toponymes sont d’abord les vestiges et les derniers dépositaires d’une époque passée. Dans son essai Un Yankee au Canada, le philosophe américain Henry David Thoreau évoque par exemple « La Pointe-aux-Trembles », un ancien village canadien « ainsi appelé pour avoir été à l’origine couvert de trembles ». Le toponyme continue de faire exister les faits géographiques et historiques d’un autre temps. En ce sens, « il n’y a aucun mensonge » dans le nom d’un lieu, estime Thoreau.
Cette vérité du toponyme possède une dimension symbolique fondamentale. Le nom d’un lieu, poursuit l’écrivain américain, est à lui seul « un poème que la foule entend et lit ». Il exprime parfois la joliesse, si ce n’est tout simplement la beauté (en France, on a des dizaines de « Bellevue », « Jolimont », « Belleville », « Beaumont » et même des « Jolicœur »), et parfois la gourmandise (par exemple « les Ficajola » en Corse, en référence aux figuiers). Les communes et les lieux-dits peuvent également nourrir nos envies de soleil et de repos : on trouve par exemple « l’île du Levant » à Hyères, « La Belle Aurore » à Cazaubon ou encore, « L’Aube rouge » à Castelnau-le-Lez.
« Qu’est-ce que la poésie au sens commun, si ce n’est une kyrielle de noms qui tintent ? », demande Thoreau. Car le toponyme est aussi un mot dont les sonorités mêmes nous placent immédiatement au sein d’une région donnée. Ainsi, dans le Midi, les noms en « -argues » (Bouillargues, Caissargues, Baillargues…) ou en « -ac » (Caveirac, Générac, Clarensac…) désignent tous deux le « domaine ». Simple, brut, naïf parfois, le toponyme apparaît comme le supplément d’âme poétique et sonore d’un territoire.