Influences
Deleuze et le sens des stoïciens
Le philosophe stoïcien, Diogène assis sur les marches. (Raphaël - L’école d’Athène - détail) - Gilles Deleuze. ©Wikimedia commons
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Cet article est issu du Hors-série n°63 de Philosophie magazine « Gilles Deleuze. L’homme aux mille concepts », en kiosque le 04 décembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
S’il a reproché aux stoïciens d’enfermer l’événement dans la logique, Deleuze salue leur découverte de la « dimension du sens » : à la surface des choses.
Deleuze ne s’est penché sur le stoïcisme que dans Logique du sens (Minuit, 1969), dont il reprend les conclusions avec Claire Parnet dans les Dialogues (Flammarion, 1977). Ce que l’on appelle aujourd’hui l’ontologie des stoïciens joue un grand rôle dans cet ouvrage. Le stoïcisme invente une sorte de métaphysique minimale où seuls les « corps » (ce que nous appellerions les objets physiques ou matériels) existent, mais où les conditions « incorporelles » nécessaires pour leurs transformations, par exemple le vide, le temps ou les faits qui les concernent, ont une certaine réalité : « C’est la force des stoïciens d’avoir fait passer une ligne de séparation non plus entre le sensible et l’intelligible, non plus entre l’âme et le corps, mais là où personne ne l’avait vue : entre la profondeur physique et la surface métaphysique. Entre les choses et les événements », affirme-t-il dans les Dialogues. Les stoïciens disaient en effet que les « corps » sont causes les uns pour les autres d’effets « incorporels » : le couteau est cause pour la chair du fait d’être coupée. L’effet a lieu sur un autre plan que l’interaction entre le corps-cause et le corps-causé, l’événement arrive comme « à leur surface », une métaphore d’Émile Bréhier (La théorie des incorporels dans l’ancien stoïcisme, 1907) que Deleuze réutilise pour décrire ce qu’il nomme la dimension du sens découverte par les stoïciens.