Dossier “La guerre, alors qu’on n’y pensait plus”
Des voix dans le conflit
Saint-Pétersbourg (Russie), le 6 mars 2022. Des policiers russes détiennent un participant à un rassemblement non autorisé contre l'opération militaire russe en Ukraine. Selon le groupe russe indépendant de défense des droits de l’homme OVD-Info, des centaines de personnes ont été arrêtées lors de manifestations dans les grandes villes du pays. © Anatoly Maltsev/EPA/Maxppp
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 158 de Philosophie magazine, en kiosque le 19 mars 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dès le premier jour de l’invasion russe, le 24 février, nous nous sommes entretenus au téléphone avec des philosophes ukrainiens et russes. Ils posent des mots sur ce qui leur arrive.

Constantin Sigov © Michel Eltchaninoff
Constantin Sigov : « Chacun d’entre nous peut devenir Churchill »
Professeur à l’Académie Mohyla de Kiev, le philosophe appelle les Européens comprendre que, face à Poutine, nul n’est en sécurité, et que le choix qui se présente à nous est entre le sursaut de toute l’Europe et la capitulation.
Que peuvent faire de plus les capitales européennes face à la guerre ?
Constantin Sigov : De facto, l’Ukraine et l’Union européenne [UE] sont déjà ensemble. Elles combattent un adversaire très dangereux et dément. Mais plus vite l’adhésion de l’Ukraine à l’UE sera effective et entrera dans la conscience de tous en Europe, mieux ce sera. Ce sentiment d’unité est indispensable, non seulement à l’intérieur d’un pays, mais dans l’Europe entière. Cela donnera plus de force et plus de courage à tous. Car, en Europe occidentale, la tentation est grande de s’imaginer en sécurité.
Pourquoi ce sentiment de sécurité est-il trompeur d’après vous ?
Si un nouvel incident dans une centrale nucléaire ukrainienne survient à cause de l’invasion russe, même sans décision d’une frappe atomique, nous aurons à faire face dès demain à une catastrophe écologique. Et la majorité des Français n’y est absolument pas préparée. Ils ne s’imaginent pas se retrouver, eux aussi, à dormir par terre dans le métro.
Beaucoup de Français agissent pour aider les Ukrainiens…
Cela me rappelle le film Don’t Look Up. Il y a des moments de l’histoire où des gens ordinaires vont rencontrer des leaders d’un pays et peuvent parfois faire passer le message. Emmanuel Macron comprendra peut-être alors qu’il peut se hisser au niveau d’un Churchill. Tous les Français doivent lui envoyer ce signal. Cela donnera d’ailleurs au pays beaucoup plus de force pour affronter les autres problèmes, économiques, politiques, migratoires. En fait, beaucoup de choses dépendent des citoyens français !