Géopolitique
Donald Trump est-il vraiment un disciple de Carl Schmitt ?
Carl Schmitt - Donald Trump. © ullstein bild/akg-images - © Pool via CNP/Shutterstock/Sipa
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Nous avons récemment publié un article sur le retour en force du juriste et philosophe Carl Schmitt dans les relations internationales. Anne-Sophie Moreau montrait de quelle manière les nouveaux impérialistes pensaient la politique sous le signe du conflit pur et de la fin du droit. Mais pour notre collègue allemand Moritz Rudolph, on ne peut pas pour autant faire de Donald Trump un simple disciple de Carl Schmitt. Explications.
Donald Trump est un président étrange – erratique, verbeux, explosif et, d’une certaine manière, inédit. Son cas suscite un besoin d’interprétation, de rattachement à l’histoire des idées. À qui, à quoi n’a-t-on pas déjà été associé le président américain ? On a rendu la postmodernité responsable de sa propension à ne pas être toujours très regardant avec la vérité. Les tendances autoritaires et césaristes du camp Maga, ont été expliquées par l’influence du philosophe conservateur Leo Strauss, qui hanterait les couloirs de la Maison Blanche. Planant au-dessus de tout cela, on évoque aussi Ayn Rand, l’ultralibertarienne américaine, ennemie numéro un de l’État, dont les romans compteraient parmi les livres préférés de Trump.
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Depuis peu, Trump aurait pourtant un nouveau penseur de référence, un nouveau « mastermind » censé expliquer sa politique : Carl Schmitt. Le juriste conservateur, mythologue catholique de l’histoire et théoricien politique compromis par sa participation au régime nazi aurait anticipé le tournant géopolitique de Trump de ces dernières semaines : abandon du nationalisme défensif du premier mandat au profit d’une politique d’intervention offensive - enlèvement du président vénézuélien, désir d’annexion du Groenland, menace ouverte de guerre contre le Mexique, Cuba et la Colombie. N’y aurait-il pas derrière cela, se demandent de nombreux observateurs en regardant la carte du monde, un plan plus vaste, l’ambition de réunir le continent américain sous la direction de Washington, de former un « grand espace », selon l’expression développée par Carl Schmitt en 1939 ?
De l’État à l’Empire
Le juriste du Troisième Reich observait, en son temps, la désagrégation de la souveraineté des États-nations. Flux de capitaux transnationaux, incertitudes économiques, nouvelles technologies et traités de droit international limitaient, de plus en plus, la capacité d’action des gouvernements. Dans ces conditions, ne fallait-il pas élargir l’espace d’action, de transformer l’État en un « Empire » régissant un ensemble continental ? Ce serait alors la fin de l’universalisme de l’ancien droit international. Chaque grand espace établirait son propre droit. L’idée de Schmitt trouva un écho jusque dans les plus hauts cercles du pouvoir nazi.