Du spirituel dans l’art

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Cet article est issu du numéro 70 de Philosophie magazine « 70 - juin 2013 », en kiosque le 30 mai 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le musée, un temple où nous viendrions retrouver le sens du sacré ? Déambulation en quête de sens… artistique.

J’ai enfin réussi à entrer. En compagnie d’une foule de pèlerins bavards, j’ai patienté durant plus d’une demi-heure pour accéder à l’exposition. Je suis épuisé avant même d’avoir abordé la première salle. Du coup, j’ai un peu de mal à comprendre le savant texte de présentation affiché au mur dans une semi-obscurité. Je me déplace pour ne pas gêner la lecture d’un sévère amateur. On me bouscule et je deviens mauvais à mon tour. Enfin, les premières œuvres ! Elles représentent, est-il écrit, le désir de pureté d’un art d’avant la décadence matérialiste par la redécouverte de l’Italie préraphaélite et de l’idéal grec. Ou quelque chose comme ça. Derrière moi, un monsieur répète ce qu’il vient de lire d’un air docte à son épouse. Devant, un snob ignore avec hauteur les commentaires de son ami et se penche sur l’œuvre sans aucun souci d’autrui. À côté, un gardien s’écharpe avec un visiteur qui veut prendre une photo sans flash. Mes yeux se brouillent. Tant pis, je poursuis vers la salle suivante. Je commence sérieusement à me demander ce que je suis venu faire ici. Je suis irrité de ma propre insensibilité, furieux de devoir jouer des coudes pour me cultiver à marche forcée. Je ne l’aurais pourtant ratée pour rien au monde, cette exposition. Absurde devoir moral ? Conformisme ? Recherche éperdue d’une beauté que je cueillerais bien plus facilement dans les rues environnantes ? Tant pis, j’achèterai des cartes postales, l’album de l’exposition ou des reproductions magnétiques à la boutique du musée.

Je presse le pas. J’aperçois du coin de l’œil, en passant, un tableau coincé entre deux ouvertures. Il a un format inhabituel, oblong, qui attire mon regard. L’image est d’une sobriété désarmante, surtout après les pesants pastiches pseudo-médiévaux de la salle précédente. Des montagnes absolument nues, monochromes, presque violettes, sombres, sous un ciel grisâtre strié de nuages plus clairs. À peu près au milieu, un pic, et au-dessus, une petite lune. Contrairement à l’endroit où je me trouve, ce musée urbain bondé, bruyant et hostile, l’espace représenté est désert, nocturne, silencieux, grandiose, mais réchauffé par une lumière magique. Cette simplicité me touche soudain énormément. Ça y est. De façon inopinée, j’ai trouvé ce que je cherchais : un moyen d’échapper au musée par la fenêtre d’un tableau. Et l’enchantement commence comme une musique qui s’élève. Je lis sur la plaque : Le Riesengebirge au clair de lune, 1810, Caspar David Friedrich. Je n’ai aucune idée de ce qu’est ce Riesengebirge, et ce n’est pas ainsi que j’imaginais les tableaux du peintre romantique allemand. Mais c’est égal, désormais.

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