Édito
Éloge de la gueule de bois
© Charles Berberian
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 125 de Philosophie magazine « Et vous, comment faites-vous la fête ? », en kiosque le 28 novembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les innocents font la fête en s’imaginant qu’ils n’en ressentiront pas les séquelles, qu’ils se réveilleront frais et dispos le lendemain. Dans leur grande naïveté, ils voient la gueule de bois comme une conséquence malheureuse, négative, de l’excès. Mais l’expérience enseigne que, paradoxalement, c’est aussi la gueule de bois qui est désirable dans l’ivresse.
Elle a d’abord le mérite de vous mettre à distance des fayots, des zélés, des employés modèles. Je ne sais si vous l’avez remarqué, mais les arrivistes sont faciles à reconnaître : ils sont toujours frais et dispos. À 8 heures du matin déjà, ils frétillent. Ils décochent des petites phrases rapides et pleines d’allant, signalant par leur présence d’esprit (si le terme d’esprit leur convient) qu’ils sont aptes à saisir la moindre opportunité, comme ces adroits qui attrapent les mouches en vol. Une bonne gueule de bois vous épargne ces démonstrations insupportables d’efficacité.