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Éloge de l’accent

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Éloge de l’accent

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L’application américaine Sanas propose désormais de gommer en direct votre accent et de le remplacer par un autre, plus « acceptable » socialement. Mais pourquoi diantre sommes-nous si gênés par nos accents, au point de vouloir nous en débarrasser ? Réponse en forme d’éloge des « parlures », avec Bourdieu, Rousseau et Derrida.

 

« L’accent du pays où l’on est né demeure dans l’esprit et dans le cœur, comme dans le langage », notait La Rochefoucauld dans ses Maximes (1665), avec une certaine tendresse. Pourquoi devient-il alors motif d’embarras ? Pour nous, mais aussi pour les philosophes. Derrida, en particulier, confessait à propos de sa manière de parler comme un « Français d’Algérie » : « Je n’en suis pas fier, je n’en fais pas une doctrine, mais c’est ainsi : l’accent, quelque accent français que ce soit, et avant tout le fort accent méridional, me paraît incompatible avec la dignité intellectuelle d’une parole publique. » Double gêne, en somme : à l’égard de la norme du « bon français », mais aussi à l’égard de ses racines, que celui qui perd son accent trahit inévitablement. Comment surmonter cette phobie de l’accent ? En apprenant, peut-être, à le voir comme une richesse plutôt qu’une tare. Quelles sont donc les valeurs de l’accent ?

Bourdieu : lutter contre la domination culturelle

Pierre Bourdieu, originaire du Béarn, fait état de la même gêne que Derrida à propos de son parler natif. « Quand on vient d’un petit milieu, d’un pays dominé, on a de la honte culturelle. Moi, j’avais de la honte de mon accent qu’il fallait corriger, j’étais passé par l’École normale, etc. […] Quand je descendais dans mon pays, quand j’arrivais à Dax, que j’entendais l’accent, ça me faisait horreur, ça me faisait physiquement horreur. » Bourdieu s’indigne cependant de cette horreur qu’il éprouve face à la parlure singulière qui est la sienne, cette « langue de la connivence, de la proximité, de la relation avec ses amis d’enfance et sa famille » (comme le résume l’anthropologue Colette Milhé). « C’est mon boulot de comprendre ça, c’est mon propre accent, or je ressens ça comme affreux. […] Ça, c’est une forme de violence symbolique ! »

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