Emerson commenté par Adèle Van Reeth
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Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’extrait de Ralph Waldo Emerson
“Avec la mort de mon fils, il y a à peine deux ans, il me semble avoir perdu un bien merveilleux, mais rien de plus. Je n’arrive pas à m’en rapprocher davantage. Si demain, je devais apprendre que mes principaux débiteurs ont fait faillite, la perte de ma propriété serait un contretemps fâcheux, pour plusieurs années sans doute ; mais j’en sortirai inchangé – ni pire, ni meilleur. Il en va de même avec ce désastre : il ne m’atteint pas ; quelque chose qu’il me plaisait imaginer faire partie de moi, qui ne pourrait pas être arraché sans me déchirer intérieurement ni s’accroître sans me rendre plus fort, se détache de moi et ne me laisse aucune cicatrice. Ce n’était que passager. Je pleure de savoir que les pleurs ne m’apprennent rien et ne peuvent me conduire un pas de plus vers la nature réelle. Un Indien était sous l’emprise d’un mauvais sort : il ne pouvait plus sentir le souffle du vent, ni l’écoulement de l’eau, ni la brûlure du feu : nous sommes tous comme lui. Les événements les plus précieux sont les pluies d’été, et nous, les imperméables qui répandent chaque goutte. Il ne nous reste rien, que la mort. On la regarde avec une satisfaction sinistre, en se disant : Voici enfin une réalité qui ne nous échappera pas.
Emerson, Expérience (1844, trad. Adèle Van Reeth)
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