Analyse
Et si Dewey mettait de l’ordre dans le déconfinement ?
Le 21 mai 2020, des Parisiens se massent sur les quais de la Seine. © Laurence Kourcia/Hans Lucas via AFP
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Depuis deux mois, les interdictions et les autorisations décrétées par le gouvernement français se succèdent. Selon quelle logique ? Une logique trompeuse, si l'on se réfère au philosophe américain John Dewey, car elle ne part pas de notre expérience.
Il aura fallu attendre le 11 mai pour profiter à nouveau de certaines plages… bien que la fermeture reste la règle. Les riverains faisaient valoir qu’il y avait moins de risque d’entrer en contact sur l’étendue d’une grève qu’entre les rayonnages d’un supermarché. Le Festival d’Avignon a été annulé, promettant au silence les 2 000 places des gradins de la Cour d’honneur, tandis que le spectacle du Puy-du-Fou et sa tribune de 14 000 places s’apprête à rouvrir. Le 18 mai, le Conseil d’État a ordonné la réouverture des lieux de culte ; dans le même temps, presque partout ailleurs, les regroupements demeurent limités à dix personnes.
Un manque d’efficacité ?
Y a-t-il une logique derrière cette confusion ? Elle ne saute pas aux yeux. Mais, alors que le Premier ministre Édouard Philippe prend la parole pour détailler le programme à partir du 2 juin, c’est un autre impensé qui surgit : notre conception de l’espace public. Dans la tradition française, très centralisée, c’est à coup de lois et de décrets qu’il est réglementé. L’administration consigne d’épais documents qui lui donnent forme, en principe. Sauf que cette conception fait fi de l’expérience. Elle est non seulement erronée mais inefficace. Ou erronée parce qu’inefficace, si l’on suit le philosophe américain John Dewey (1859-1952). En effet, pour ce représentant du courant pragmatique est vrai ce qui est efficace.