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“Faut-il du courage pour continuer à imaginer un monde meilleur ?”

Temps de lecture : 2 min

Illustration : © Séverine Scaglia pour PM

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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Question de Quentin Lapierre

 

Je ne suis pas sûr que la relation entre l’imagination et le courage soit si évidente. L’imagination, dont René Descartes a d’ailleurs bien montré qu’elle n’est pas illimitée (mais revient simplement à associer des idées qui d’habitude ne vont pas ensemble), ne demande pas tant d’efforts que cela… On peut imaginer en demeurant tranquillement allongé sur son lit ou en discutant paisiblement avec des amis autour d’un bon dîner. Le véritable courage me semble résider davantage dans la confrontation avec un réel qui résiste, qui ne se laisse pas faire. À la fin de son ouvrage Le Savant et le Politique (1919), Max Weber évoque ainsi le courage en politique : « La politique consiste en un effort tenace et énergique pour tarauder des planches de bois dur. » Le courage, c’est de persévérer malgré la résistance du réel, de continuer à essayer de l’améliorer, même partiellement, même un tout petit peu, sans désespérer ni démissionner. Une telle confrontation avec le réel, une telle épreuve du réel peuvent être favorisées par l’imagination d’un avenir meilleur, par une vision idéale de ce que pourrait être cette amélioration du monde, par ce que nous pourrions appeler avec Kant l’« usage régulateur d’une idée ». Mais au moment d’agir, qui est le moment du courage même, c’est affaire de volonté plus que d’imagination. C’est même affaire de volonté plus que d’entendement, la volonté étant précisément définie par Descartes comme la faculté nous permettant d’outrepasser les limites de notre entendement. J’aurais donc plutôt envie de vous répondre : « il faut du courage pour continuer à vouloir un monde meilleur », à essayer de sculpter la difficile matière du réel en tentant la synthèse périlleuse de ce que Max Weber appelle l’« éthique de conviction » (tenter d’in­scrire l’idéal dans le réel) et de ce qu’il appelle l’« éthique de responsabilité » (faire attention aux conséquences réelles de son action). Il faut d’autant plus de courage que la synthèse parfaite de ces deux éthiques est probablement impossible… Mais il faut le courage de s’attaquer à cet impossible pour espérer pouvoir atteindre le possible.

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