Cinéma
Film de genre
© Diaphana
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Cet article est issu du numéro 123 de Philosophie magazine « 123 - octobre 2018 », en kiosque le 24 septembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Avec “Girl”, le cinéaste Lukas Dhont explore le trouble dans le genre. Lauréat de la Caméra d’or au Festival de Cannes, sélectionné aux Oscar, le film nous bouleverse, nous et nos certitudes.
Qu’est-ce qu’être une fille dans un corps de garçon ? En réalisant Girl, son premier long métrage, le jeune cinéaste Lukas Dhont embrasse directement cette question. Il défait le lien socialement établi entre sexe et genre, en même temps qu’il réalise un film d’initiation, renouvelant la question posée à tout adolescent : comment devenir soi-même ? Il expose les obstacles que rencontre Lara, une danseuse de 15 ans, née dans un corps d’homme, sans rien manquer des impasses identitaires. Car, en cherchant à s’émanciper d’une « catégorie », Lara adopte aussi des stéréotypes de genre : faire la cuisine, être « féminine », s’occuper de son petit frère, ce que Judith Butler appelle les « relations sociales fossilisées ». La philosophe américaine, autrice d’un ouvrage phare intitulé Trouble dans le genre, montre que « le monde de la catégorisation sexuelle ne va pas de soi, qu’il est construit, qu’il pourrait même être autrement ». Pour Lara, la reconnaissance par autrui de sa nouvelle identité et la tolérance de son entourage ne suffissent pas, pas plus que le soutien compréhensif d’un père aimant (Arieh Worthalter) : le corps résiste, tandis que la sexualité s’éveille. Le réalisateur cerne ainsi avec pudeur la souffrance de son héroïne, brillamment interprétée par Victor Polster (photo). Une souffrance redoublée dans l’exercice de la danse classique, qu’il parvient à filmer au plus près, comme la métaphore d’un combat avec son propre corps, où la liberté s’acquiert contre un monde de normes.