International / Chine
François Bougon. “Xi Jinping, un conservateur qui mêle les héritages communiste et impérial”
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Cet article est issu du numéro 113 de Philosophie magazine « Y a-t-il encore une vérité ? », en kiosque le 28 septembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le journaliste François Bougon, auteur du livre “Dans la tête de Xi Jinping”, décrypte le logiciel idéologique du président chinois.
Le 19e Congrès du Parti communiste chinois s’ouvrira le 18 octobre. Xi Jinping en profitera-t-il pour asseoir son pouvoir ?
François Bougon : Pour Xi Jinping, c’est l’occasion de conforter son pouvoir au sein du parti. À la différence de son prédécesseur, Hu Jintao, un apparatchik terne, c’est une forte personnalité qui a beaucoup réinvesti le champ idéologique. Il va se présenter comme un « penseur » du socialisme chinois. Non qu’il en ait une pensée propre, mais il redonne force et légitimité à l’héritage du parti communiste. Chaque secrétaire général tente de laisser sa marque quand il part. Alors qu’il s’apprête à être investi pour un second et a priori dernier mandat de cinq ans, il va donc décider de son « slogan ». Il tournerait autour de la « gouvernance Xi Jinping », un concept ésotérique destiné à résumer son intention, celle de gouverner la Chine pour qu’elle devienne la première nation mondiale. On fait parfois de lui le nouveau Mao. Il opère plutôt une revisitation mythifiée du maoïsme des années 1940-1950, considéré comme un âge d’or du Parti, celui des premières années du pouvoir. Il convoque souvent la Longue Marche effectuée par les aînés. Qu’il appartienne à la noblesse révolutionnaire, fils d’un « prince rouge » – son père Xi Zhongxun était un guérillero de la première heure –, est un élément important de ce storytelling. C’est un conservateur qui mêle les héritages communiste et impérial. L’une de ses expressions favorites, plus grand public, est le « Rêve chinois », qui convoque à la fois le nationalisme et un discours anti-occidental dans l’espoir de retrouver la splendeur d’antan. Xi Jinping a dans la tête qu’au XVIIIe siècle, l’empire du Milieu était une puissance mondiale, à l’origine de grandes découvertes comme la poudre ou le papier, et que les Occidentaux l’ont fait chuter. Dans sa vision, le Parti a pour mission de guider la nation sur cette voie du « renouveau ».