Histoire
Tiananmen, préfiguration de la Chine actuelle
Dessin de Michael Mandiberg d’après la photo de Jeff Widener (cc) Flickr
1989-2019. Trente ans ont passé depuis les manifestations de la place Tiananmen. Un cliché symbolise la révolte durement réprimée des étudiants, dans la nuit du 3 au 4 juin : un homme seul se dressant face aux chars sur la place, un héros qui s’érige contre la machine totalitaire.
Personne ne sait ce qu’est devenu cet homme, ni son identité. Mais pour François Bougon, auteur de La Chine sous contrôle. Tiananmen 1989-2019 (Seuil, 2019), cette image du photographe Jeff Widener illustre notre aveuglement plutôt qu’un espoir déçu.
Selon ce journaliste au Monde, ancien correspondant de l’AFP à Pékin, « les Occidentaux, certains d’être portés par le sens de l’histoire, se sont longtemps bercés d’illusions. Alors même que le régime communiste avait réprimé dans le sang le mouvement démocratique, les capitales occidentales étaient persuadées que tôt ou tard adviendrait une ouverture politique à Pékin. »
Néo-autoritarisme et capitalisme
L’URSS s’effondrait et le politiste américain Francis Fukuyama théorisait en effet le succès mondial et inéluctable de la démocratie libérale. En l’absence d’ennemi, bientôt la « fin de l’histoire » – aujourd’hui partout démentie. Pire, aveuglés par la croyance dans leur victoire idéologique et par une certaine arrogance, les tenants du libéralisme ont abandonné la bataille des idées et n’ont pas su voir que la répression de juin 1989 n’était « pas la défaite du régime mais une préfiguration de la Chine d’aujourd’hui ».
Car le développement de l'économie, du commerce et des échanges internationaux n’a pas entraîné automatiquement la libéralisation politique et le respect des droits individuels. Au contraire, cette période de forte croissance s’est accompagnée d’un courant de « contre-réforme conservatrice », une offensive idéologique légitimant un pouvoir autoritaire. Et de conclure : « Si Tiananmen est le signe de quelque chose, ce n’est pas du dépérissement de l’État chinois, mais de l’alliance victorieuse entre néo-autoritarisme et capitalisme. »