Élection présidentielle américaine

François Noudelmann : “Les démocrates ont eux aussi participé à la disqualification de la vérité”

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François Noudelmann : “Les démocrates ont eux aussi participé à la disqualification de la vérité”

© Charles Deluvio/Unsplash

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La campagne électorale américaine a une fois de plus donné lieu à un déferlement de fausses informations, principalement émises par le camp Trump. La vérité est-elle totalement disqualifiée dans la vie politique outre-Atlantique ? L’éclairage de François Noudelmann, philosophe, auteur de Peut-on encore sauver la vérité ? (Max Milo, 2024), qui enseigne à l’université de New York.


 

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Vous constatez le triomphe du relativisme dans nos sociétés. En quoi les récentes déclarations de Donald Trump et son élection viennent-elles confirmer votre diagnostic ? 

François Noudelmann : Lors de la première élection de Donald Trump [en 2016], sa conseillère Kellyanne Conway avait parlé de « faits alternatifs » pour nier la faible affluence à la cérémonie d’investiture du président. Depuis, la notion de « post-vérité » est entrée dans le langage. La campagne électorale en témoigne de manière effarante : on a eu un candidat dont les déclarations n’étaient plus du tout fondées sur le réel ni comptables d’une vérification. Des journalistes ont beau proposer du fact checking, rien n’y fait. On pourrait se dire que c’est le propre de toute campagne de manier le mensonge ; mais il y a quelque chose de nouveau, à savoir le décrochage complet à l’égard du réel. Prenons des exemples. Lorsque Trump a prétendu que des populations haïtiennes volaient les chiens ou les chats domestiques pour les manger, et que, dans certaines écoles, vous envoyez votre garçon le matin pour retrouver une fille le soir, ou encore qu’on tue les bébés à la naissance dans certains États démocrates, ce ne sont même plus des mensonges : même son public sait que ce n’est pas vrai. C’est une fiction assumée, pensée comme un moyen d’attirer l’attention sur des choses supposées vraies.

“L’inédit dans cette campagne, c’est le décrochage complet à l’égard du réel. Même le public de Trump sait que ses déclarations sont fausses : ses mensonges sont assumés, pensés pour attirer l’attention sur des choses supposées vraies”

 

Nous sommes donc passés à un régime encore différent de celui des “fake news”, plus inquiétant peut-être ?

L’idée de Trump, c’est d’affirmer qu’il détient une vérité en deçà, « de derrière », comme dirait Pascal, et de faire passer ses messages ainsi. J’ai été sidéré d’entendre la réponse d’un député républicain à une journaliste de CNN qui pointait les menaces de mort dans les propos de Trump. Celui-ci disait que pour l’atteindre, il faudrait d’abord tirer à travers les « fake news », c’est-à-dire à travers tous les journalistes qui diffusent de fausses informations sur lui – autrement dit, tirer sur ses opposants. « Mais enfin, vous prenez les choses au pied de la lettre », lui répondit le député, comme s’il lui faisait la leçon sur sa manière trop littérale d’interpréter la Bible. Les phrases du candidat n’ont plus de relation avec le réel, elles ne visent qu’à manipuler les émotions, les peurs et les haines. On est par-delà le vrai et le faux.

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