Françoise Héritier : “Rompre avec la domination masculine, mais cultiver le meilleur de notre héritage”

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(cc) Wikimedia Commons / Ji-Elle

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Cet article est issu du numéro 72 de Philosophie magazine « 72 - septembre 2013 », en kiosque le 22 août 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

“Nul n’entre ici s’il n’est géomètre” avait inscrit Platon au fronton de son Académie. Et aujourd’hui ? Cinq philosophes reviennent sur leur propre formation et proposent des voies pour faire mieux.

« L’une des tâches de l’éducation aujourd’hui pourrait être de travailler à l’égalité des sexes. C’est loin d’être facile, car cela exige de modifier en profondeur les mentalités et les catégories de notre langage. En fait, il faudrait éduquer les éducateurs, afin qu’ils changent leurs propres représentations.

Depuis le Paléolithique, nos sociétés sont fondées sur un principe de domination d’un sexe sur l’autre. L’opposition entre principe masculin et principe féminin est gravée dans nos mentalités, au point que sa transmission s’effectue de façon quasi automatique. Si je dis “haut” et “bas”, et que je vous demande d’associer un sexe à ces termes, vous aurez tendance à placer le masculin en haut et le féminin en bas.

Lilian Thuram raconte qu’un jour, alors qu’il assistait à un entraînement de football destiné à des enfants de 8 ou 10 ans, il a vu une fille réussir à dribbler un garçon. Comment a réagi l’entraîneur ? Il n’a rien dit à la fille et s’est adressé au garçon : “Tu n’as pas honte, tu viens de te faire battre par une fille !” Ce type d’asymétrie n’existe pas que dans le sport. En classe, s’il y a une interrogation orale en physique ou en sciences, on invite les garçons à prendre la parole. En revanche, en dessin ou en littérature, dès qu’il s’agit de sensibilité, les filles sont encouragées à s’exprimer : le raisonnement est considéré comme une faculté masculine et l’émotion comme un domaine féminin.

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