Féminisme
Gabriel Attal, “manterrupteur” en chef ?
La député européenne Valérie Hayer et le Premier ministre français Gabriel Attal. Réunion du parti Renaissance (ex-LREM) pour les élections européennes à Aubervilliers (93), le 1er juin 2024. © Jacques Witt/Sipa
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Le Premier ministre a pris la parole en lieu et place de la député européenne Valérie Hayer lors d’une visite surprise à Radio France, où la candidate du parti Renaissance (ex-LREM) répondait à des journalistes. Un geste de « manterrupting », selon de nombreux détracteurs, soit d’interruption caractérisée de la parole d’une femme par un homme. Retour sur cette notion féministe, importée des études linguistiques.
Déjà critiqué pour avoir débattu la semaine dernière avec Jordan Bardella en lieu et place de la candidate Renaissance aux européennes Valérie Hayer, Gabriel Attal est sous le feu de nouvelles attaques. En pleine interview de la tête de liste, le Premier ministre a fait une apparition inattendue sur la scène de l’Auditorium de la Maison de la radio et de la musique pour « soutenir sa candidate »… au détriment du temps de parole de celle-ci.
« Ça devient gênant ces hommes qui interrompent, invisibilisent, parlent à la place de la femme tête de liste, non ? », s’est empressée de commenter sur X la député Sandrine Rousseau. Mais les critiques ne fusent pas seulement à gauche. François-Xavier Bellamy, chef de file des LR pour le scrutin, a lui aussi dénoncé l’attitude « macho » du chef du gouvernement : « Il y a une forme de mépris là-dedans, comme si Valérie Hayer n’était pas capable de faire campagne et qu’il fallait en permanence que ce soit le Premier ministre, le président de la République. » De toutes parts, ce cas flagrant de « manterrupting » (de l’anglais man, « homme », et interrupting, « interruption ») suscite la polémique.
Trois formes d’interruption de la conversation
La prise de conscience du phénomène de manterrupting peut-être resituée par rapport à l’émergence des théories de l’« analyse conversationnelle », dans le sillage de l’article de Harvey Sacks, Emanuel Schegloff et Gail Jefferson « A Simplest Systematics for the Organization of Turn-Taking for Conversation » (1974). Qu’est-ce qu’une conversation ? Un dispositif qui, à la cacophonie de la parole simultanée, substitue un régime égalitaire de parole tournante, passant d’un interlocuteur à l’autre. Chaque partie, dans une conversation, doit avoir l’occasion d’exprimer son point de vue ou de réorienter la discussion vers un autre sujet.