Tribune
Gaspard Kœnig : “L’élection présidentielle au suffrage universel rend notre vie démocratique impossible”
Charles De Gaulle en 1962, lors de l’enregistrement de son discours à l'Élysée confirmant son intention de démissionner si le référendum du 28 octobre de la même année (élection du président de la République au suffrage universel direct) lui était défavorable. © Agip/Bridgeman Images
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Le philosophe Gaspard Kœnig s’est intéressé de près à l’élection présidentielle, lui qui s’y est porté candidat en 2022. De son expérience, il a tiré un livre. Et selon lui, le régime présidentiel institué par De Gaulle est responsable du marasme politique actuel. Dans cette tribune, il appelle à une réforme urgente de nos institutions.
Face aux chamailleries politiques qui n’en finissent pas, il serait trop paresseux de blâmer les hommes et les femmes qui nous représentent. Ceux-ci ne font que réagir à un système d’incitations pervers, celui des institutions de la Ve République. Les réformes des dernières décennies et la pratique des dernières années ont porté le présidentialisme à son acmé, au détriment du débat démocratique. La moindre question de politique publique se résume à : « pour ou contre Macron ». Le moindre choix stratégique est gouverné par la seule question qui compte : « comment gagner la présidentielle ? » Le moindre compromis est balayé par la logique binaire du quinquennat : tous les cinq ans, on gagne tout, ou l’on perd tout. Chacun veut présider ; personne n’est intéressé à gouverner.
“Chacun veut présider ; personne n’est intéressé à gouverner”
Conséquence directe de cette hystérisation, les graves sujets de fond – géopolitique dans un ordre international en pleine décomposition, écologique à l’ère de l’Anthropocène, démocratique à l’heure de la manipulation algorithmique – ne sont abordés qu’en passant et ne font l’objet d’aucune confrontation véritable. Les programmes sont d’une timidité déroutante. Même les partis les plus extrêmes ne formulent que des propositions paramétriques, jouant sur des virgules dans un contexte d’embolie budgétaire et normative où le coût du changement est devenu considérable. Plus personne ne semble véritablement s’atteler à des transformations systémiques. Seul compte le rapport mythologique, voulu par le général De Gaulle, entre « un homme (une femme) et un peuple ».