Écologie / Opinion
George Marshall: “On situe le changement climatique dans le futur pour ne pas y penser”
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Cet article est issu du numéro 91 de Philosophie magazine « Comment ne pas passer à côté de sa vie ? », en kiosque le 02 juillet 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pourquoi restons-nous aveugles et sourds face à la catastrophe environnementale annoncée? Réponses avec le militant écologiste George Marshall à la veille de la Conférence de Paris sur le climat.
Vous allez jusqu’à soutenir que nos cerveaux seraient « programmés pour ignorer le changement climatique ».
George Marshall : Il y a beaucoup de choses que nous cherchons à ignorer. Cela tient à la condition humaine. Nous nous détournons de ce qui nous rend anxieux. La psychologie cognitive suggère que notre aptitude à ne pas vouloir savoir est au moins aussi importante que notre faculté à prêter attention aux choses. Si l’on ne négligeait pas volontairement certaines choses, on deviendrait fou. Notre attention est constamment sollicitée, nous sommes obligés de sélectionner les informations pertinentes. Du coup, nous dépendons de courts-circuits qui nous signalent les choses auxquelles nous devons prêter attention et celles que nous ferions mieux d’ignorer. Or, le problème avec le changement climatique, c’est que nous sommes confrontés à deux registres attentionnels différents. La partie rationnelle, analytique, de notre raison nous dit que le changement climatique est dangereux ; mais la partie affective de notre raison ne reçoit pas les signaux nécessaires pour ressentir ce danger. Nous savons que cette chose est dangereuse, mais nous ne la ressentons pas comme telle. Nous résolvons cette tension en cessant de prêter attention au problème. Un tiers des gens disent ne pas se rappeler avoir jamais eu une vraie conversation sur le changement climatique. C’est pourtant le plus grand problème du siècle.