Analyse
Giscard, le sacre du présent
Candidat à un deuxième septennat, le président en exercice Valéry Giscard d’Estaing rencontre les habitants d’un hameau près de Mende, à trois jours du deuxième tour de l’élection présidentielle, le 7 mai 1981. Le 10 mai, il sera battu par François Mitterrand. © Gabriel Duval/AFP
« Changement dans la continuité », « changement sans risque », « adaptation » plutôt que « réforme » : la présidence de Valéry Giscard d’Estaing marque une volonté de moderniser la France par petites touches, tout en perpétuant son héritage. Le passé dans une main, l’avenir dans l’autre. En apparence, en tout cas. En réalité, le mandat du troisième président de la Cinquième République coïncide avec un bouleversement profond de notre rapport au temps, analyse l’historien François Dosse : à l’heure où les crises se multiplient, le futur s’obscurcit et le passé, de plus en plus lointain, se mue en patrimoine inerte. La politique se retrouve cantonnée à l’espace étriqué d’un présent que Giscard s’emploiera à administrer en gestionnaire technocrate. Une politique sans idéologie, mais aussi sans idéal, sans utopie, sans horizon. De ce nouveau « régime d’historicité », nous ne sommes pas encore sortis…