Le livre du jour

“Guerre”, de Céline : voyage jusqu’au fond de la vie

Temps de lecture : 4 min

“Guerre”, de Céline : voyage jusqu’au fond de la vie

© Éditions Gallimard

Cet article est réservé aux abonnés.

C’est un événement littéraire comme on n’en rencontre que quelques-uns au cours d’une vie. Des manuscrits de Louis-Ferdinand Céline, volés en 1944, ont refait surface il y a un an et sont progressivement publiés par Gallimard. Le premier de ces écrits, intitulé Guerre (Gallimard, 2022), est sorti le 5 mai. Un roman plutôt bref (un peu plus de 150 pages) où un certain « Ferdinand » raconte sa blessure au front pendant la Grande Guerre, et surtout l’appétit vital qu’il a développé dans les mois qui ont suivi. Saisissant, drôle… et pornographique. Où comment revivre, une fois qu’on a croisé la mort.

La vie après la guerre, une “torture”

Avec un titre pareil, on s’attendait à un récit sur les tranchées, la furie des batailles et les nuits d’angoisse sous les obus. Rien de tout cela dans Guerre, qui prend son envol au moment où « Ferdinand », seul survivant d’un bataillon décimé par l’ennemi, cesse de combattre. Après l’errance en rase campagne et la peur d’être trucidé par des Allemands croisés en chemin, le militaire atterrit dans un hôpital de fortune, bientôt bombardé, puis un autre. Le bras en bouillie, des bourdonnements ahurissants sous le crâne, pris de vomissements constants, il vit « une torture ». « Si je bougeais un peu [mon épaule] j’arrêtais de vivre tellement ça me procure une peine atroce jusqu’au fond de la vie », écrit le romancier, qui s’est inspiré de sa propre expérience de guerre pour élaborer ce texte – en s’autorisant comme souvent des écarts avec le réel, comme pour forcer le trait. Par moments, aidé par la médecine, Ferdinand plane et hallucine : « Questions cloches, l’éther a déclenché un véritable ouragan personnel, une surprise quand même. » Même quand elle est derrière lui, la guerre semble se prolonger indéfiniment dans sa tête, et ne jamais devoir le lâcher. Le désespoir l’accompagne : « Le soleil passe et se carre facilement dans le noir, pour un rien. »

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

ExistenceMalMélancolieVie