Dossier spécial

Céline philosophe (5/5) : l’héritage célinien

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Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), prix Renaudot en décembre 1932. Couleurs : PM

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), prix Renaudot en décembre 1932. Couleurs : PM. © René Dazy/Rue des Archives

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Tout le monde connaît, bien entendu, le Céline écrivain. Mais que dire du Céline penseur – de ses influences philosophiques qui, pour être rarement évoquées, n’en transparaissent pas moins dans son œuvre, au détour d’une phrase ? Retour sur les grandes figures qui ont influencé l’un des écrivains les plus controversés du siècle dernier. Cinquième et dernier épisode : ce que Louis-Ferdinand Céline a laissé dans la philosophie contemporaine.

 

Nous avons commencé ce cycle en soulignant le peu d’estime que Céline portait, du moins en apparence, aux philosophes. Cet extrait du Voyage au bout de la nuit l’illustre, parmi d’autres exemples :

“Il n’y a de repos, vous dis-je, pour les petits, que dans le mépris des grands qui ne peuvent penser au peuple que par intérêt ou sadisme… Les philosophes, ce sont eux, notez-le encore pendant que nous y sommes, qui ont commencé par raconter des histoires au bon peuple… Lui qui ne connaissait que le catéchisme ! Ils se sont mis, proclamèrent-ils, à l’éduquer… Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas fatiguées ! Qui brillaient ! Qu’on en restait tout ébloui ! C’est ça ! qu’il a commencé par dire, le bon peuple, c’est bien ça ! C’est tout à fait ça ! Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu’à mourir le peuple ! Il est ainsi. ‘Vive Diderot !’ qu’ils ont gueulé et puis ‘Bravo Voltaire !’ En voilà au moins des philosophes ! Et vive aussi Carnot qui organise si bien les victoires ! Et vive tout le monde ! Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l’ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! Ils l’émancipent !”

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Phrases quelque peu excessives, on en conviendra. Car non seulement, Céline s’inspirait directement de certains auteurs, comme nous avons pu le voir avec La Bruyère, Schopenhauer, Bergson ou Épicure, mais son ostracisation après la Seconde Guerre mondiale n’en a pas fait pour autant un paria de la pensée. Son grand œuvre, le Voyage…, a exercé une influence très puissante sur les auteurs qui, dans les années 1930, cherchent à refonder la philosophie.

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