Dossier spécial

Céline philosophe (3/5) : Bergson et les rythmes de la vie

Temps de lecture : 5 min

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), prix Renaudot en décembre 1932. Couleurs : PM

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), prix Renaudot en décembre 1932. Couleurs : PM. © René Dazy/Rue des Archives

Cet article est réservé aux abonnés.

Tout le monde connaît, bien entendu, le Céline écrivain. Mais que dire du Céline penseur – de ses influences philosophiques qui, pour être rarement évoquées, n’en transparaissent pas moins dans son œuvre, au détour d’une phrase ? Retour sur les grandes figures qui ont influencé l’un des écrivains les plus controversés du siècle dernier. Troisième épisode : la musique, le rythme, la danse… et Bergson.

 

Dans les deux premiers épisodes de ce cycle, nous évoquions le pessimisme de Louis-Ferdinand Céline et sa conception de la volonté inspirée de Schopenhauer. Une vision sombre et violente du monde, où le mensonge et la mort sont partout. Comment trouver, dans ce « vacarme » désespérant, une troisième voie ? Existe-t-il un peu de lumière, au bout de la nuit célinienne ? C’est peut-être sur cette question que l’écrivain se fait le plus nietzschéen : la réponse, c’est l’art. Car « l’art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité » (Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, inachevé).

Résonance harmonique

C’est notamment par le biais de l’historien de l’art Élie Faure que Céline se fait sensible à l’importance de la réflexion esthétique de Nietzsche, comme le montre Rémi Wallon dans sa thèse « La musique du fond des choses : destruction, savoir et création dans les écrits de Louis-Ferdinand Céline ». Pour Faure, « l’art, et l’art seulement est moral, parce qu’il est l’obéissance au rythme et qu’il use cruellement de tout, même s’il le faut de la guerre, pour retrouver le rythme quand les hommes l’ont perdu ». L’art est la seule possibilité pour embrasser la pulsation des instincts positifs, le déploiement harmonieux d’une vie non déformée par le poids et les frustrations de l’existence. « Je suis bien l’émotion avec les mots, je ne lui laisse pas le temps de s’habiller en phrase... Je la saisis toute crue, ou plutôt toute poétique – car le fond de l’homme malgré tout est poésie. Le raisonnement est appris – comme il apprend à parler, le bébé chante, le cheval galope – le trot est d’école », écrit ainsi Céline dans une lettre à Milton Hindus.

Cet article est réservé aux abonnés
Épisode précédent : “Céline philosophe (2/5) : le gouffre de la volonté”