Hors-série "Hannah Arendt"

Hannah Arendt et Günther Anders : le choix d’une existence dans le monde

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Cet article est issu du Hors-série n°n° 28 de Philosophie magazine « Hannah Arendt, la passion de comprendre », en kiosque le 22 février 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ils se sont croisés sur les bancs du séminaire de Heidegger à Marbourg, mais c’est à Berlin, lors d’un bal masqué, que la rencontre eut vraiment lieu, une rencontre très intellectualisée. « J’ai conquis Hannah au bal, écrira Stern [plus tard connu sous son nom de plume Günther Anders], avec la remarque faite en dansant que l’amour était cet acte par lequel on transforme quelque chose d’a posteriori : l’autre rencontré par hasard, en un a priori de sa propre vie. » Mais il ajoute : « Cette belle formule, à vrai dire, ne s’est pas confirmée. » De fait, les deux jeunes gens sont surtout pressés de prendre leur indépendance. Stern écrit un télégramme à ses parents : « Demande cent marks pour logement et mariage. » Ces derniers se demandent si ce n’est pas un canular… De son côté, Arendt a quitté Marbourg « fermement résolue à ne plus jamais aimer un homme » et elle s’est mariée, dira-t-elle, « peu importait avec qui en quelque sorte, sans aimer ». À son amie Mary McCarthy, elle s’expliquera ainsi : « J’ai pris mes frusques et je me suis sauvée. J’ai laissé une seule chose à Marbourg, sans pouvoir jamais aller l’y chercher : l’amour. » Elle prend cependant le temps d’écrire à Heidegger, qui a eu vent de la liaison et qui ne porte pas son ancien étudiant en haute estime : « Ne m’oublie pas, et n’oublie pas à quel point je sais vivement, profondément, que notre amour est devenu la bénédiction de ma vie. C’est là un savoir inébranlable, même aujourd’hui où moi – qui ne sais pas rester en place – j’ai trouvé enracinement et appartenance auprès d’un homme dont peut-être tu t’y attendrais le moins… J’embrasse ton front et tes yeux. Ton Hannah. »

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