La petite question

“Heureux gagnants” : pourquoi l’argent ne fait pas le bonheur

Temps de lecture : 6 min

“Heureux gagnants” : pourquoi l’argent ne fait pas le bonheur

Photogramme du film “Heureux Gagnants”, de Maxime Govare et Romain Choay. © 2023 Pascal Chantier/Les Improductibles/Marvelous Productions/France 2 Cinéma/C8 films

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Nous avons tous un jour rêvé de gagner au loto. Pourtant, le sort de ceux qui y parviennent n’est pas toujours enviable, comme le montre la comédie Heureux Gagnants, actuellement à l'affiche. Qu’ils se retrouvent blasés ou plongent carrément dans une grande détresse, nombre d’heureux gagnants peinent à être comblés par leur argent. Comment expliquer ce paradoxe apparent ?


 

La question de savoir si l’argent fait ou non le bonheur est battue et rebattue. Celle de savoir s’il ne fait pas carrément le malheur est peut-être plus précise et subtile. C’est elle qu’abordent directement les réalisateurs Maxime Govare et Romain Choay dans Heureux Gagnants, leur nouveau film à sketchs mettant en scène des gagnants du loto qui voient leur vie se transformer en cauchemar à la suite de leur gain. À travers quatre histoires, les réalisateurs donnent à voir, avec un humour noir inspiré du film argentin à succès Les Nouveaux Sauvages (2014), des situations loufoques dans lesquelles les personnages connaissent de véritables descentes aux enfers engendrées par leur changement de vie. 

Une “adaptation hédonique” ? 

Le phénomène est bien connu de la Française des Jeux, qui accompagne les gagnants du gros lot, leur « apprenant », en quelque sorte, à être riches. Consciente du désarroi que ne manque pas de susciter le fait de devenir millionnaire du jour au lendemain, l’institution prodigue ainsi ses conseils et organise plusieurs groupes de parole annuels depuis 1993. Il faut dire que les affres qui touchent les gagnants sont légion : perte du lien social consécutif à l’interruption de sa carrière, tensions familiales et amicales, angoisses du rendement de ses placements, dégradation de la santé, augmentation des sorties et, avec elles, de la consommation de tabac, d’alcool, de drogues… Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot ont documenté quelques-uns de ces différents malheurs dans leur essai Les Millionnaires de la chance. Rêve et réalité (Payot, 2010). Globalement, nombreux sont ceux qui attestent du désarroi que produit finalement la perte des sources du bonheur antérieur et de la simplicité du quotidien d’antan.

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