La notion

“Instant democracy”

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“Instant democracy”

Buenos Aires (Argentine), le 25 septembre 2023. Le candidat à la présidence Javier Milei soulève une tronçonneuse à côté de la candidate au poste de gouverneur de la province de Buenos Aires, Carolina Piparo. ©Tomas Cuesta/Getty Images via AFP

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Cet article est issu du numéro 178 de Philosophie magazine « Comment cultiver la bonne humeur ? », en kiosque le 21 mars 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Démocratie de l’instant » : l’expression est apparue en 2022 sur la scène latino-américaine sous la plume du politologue Antoni Gutiérrez-Rubí pour résumer l’accélération globale de la vie politique : « Il n’y a plus de place pour les [périodes] de transition et la sédimentation des décisions. Tout doit être immédiat […]. La rapidité de la réponse devient plus importante que le résultat final. » Parlant aussi de « turbo-politique », Gutiérrez-Rubí alerte sur le « grave danger » de cette accélération. Loin de tenter de freiner ce grand mouvement, le nouveau président argentin Javier Milei a fait le choix inverse : l’embrasser et, plus encore, tout faire pour l’intensifier. Dans sa vision « anarcho-capitaliste », toutes les structures, toutes les procédures, toutes les médiations censées assurer la justice et la pertinence des décisions constituent des entraves à l’initiative individuelle. Depuis son élection, il s’efforce de détruire, au nom d’une liberté sans limite, ces espaces de délibération et de coordination. L’objectif avoué est d’« annuler [les] réglementations qui ont freiné et empêché la croissance économique ». Le chef d’État argentin saute ainsi à pieds joints dans ce que le sociologue Zygmunt Bauman a, lui, nommé la « modernité liquide » : une nouvelle époque au cours de laquelle « les formes sociales […] ne peuvent plus – et ne sont plus censées – se maintenir durablement en l’état, parce qu’elles se décomposent en moins de temps qu’il ne leur en faut pour être forgées et se solidifier ». Disparaît ainsi tout « cadre de référence aux actions humaines », rendant impossible toute décision collective, tout projet cohérent de long terme, et réduisant la société à un agrégat d’individus-consommateurs. Mais ce rêve libertarien ne ressemble-t-il pas à une jungle cauchemardesque ?