Entretien

“Javier Milei, le Trump argentin, est à la fois libertarien et d’extrême droite”

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Buenos Aires (Argentine), le 22 septembre 2023. Le candidat à la présidence argentine Javier Milei lors d’un rassemblement de campagne avant les élections générales d’octobre

Buenos Aires (Argentine), le 22 septembre 2023. Le candidat à la présidence argentine Javier Milei lors d’un rassemblement de campagne avant les élections générales d’octobre. © Matias Baglietto/NurPhoto/AFP

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Annoncé en tête de la présidentielle argentine du 22 octobre prochain, le favori des élections Javier Milei bouleverse le paysage politique de son pays. Comment expliquer le succès de ce personnage excentrique, à la fois libertarien et populiste ? Nous avons posé la question au journaliste et essayiste argentin Pablo Stefanoni, auteur de La Rébellion est-elle passée à droite ? (La Découverte, 2022).

 

Qui est Javier Milei ?

Pablo Stefanoni : Personnellement, je l’ai connu comme professeur de microéconomie lorsque j’étais étudiant à l’université de Buenos Aires dans les années 1990. À l’époque, même s’il avait déjà un style personnel assez particulier, c’était un économiste relativement conventionnel, qui travaillait en même temps dans le privé. Aujourd’hui, il est très excentrique. Vers 2013, il a eu une sorte de révélation après avoir découvert un article du philosophe et économiste américain Murray Rothbard intitulé « Monopole et concurrence ». Après l’avoir lu, il s’est dit qu’il n’avait jusqu’alors rien compris aux sciences économiques et il s’est converti à la très libérale école autrichienne d’économie. Peu à peu, il a connu une médiatisation de plus en plus forte, apparaissant sur les plateaux de télévision pour professer un discours ultralibéral.

“Un anarcho-capitalisme de style rockstar, rebelle et excentrique, s’est peu à peu développé en Argentine sous l’impulsion de Javier Milei et sa rhétorique violente, ordurière et populiste” Pablo Stefanoni

 

Dans quelle idéologie s’inscrivait ce discours ?

Il s’inscrit dans la tradition du libertarianisme et de l’anarcho-capitalisme, des idéologies plutôt américaines qui étaient alors totalement inconnues en Argentine – un pays qui, un peu comme la France, a une tradition assez égalitariste et étatiste. Partant d’elles, Milei s’est fait remarquer par ses frasques, parlant de dynamiter la Banque centrale, d’en finir avec la religion de l’État, de libéraliser le commerce d’organes… Cela a progressivement attiré beaucoup de jeunes, qui se sont mis à s’intéresser à l’idéologie libertarienne. Un Parti libertarien est né en 2018 sous son patronage, et Milei a commencé à organiser des cours publics d’économie. Un anarcho-capitalisme de style rockstar, rebelle et excentrique, s’est peu à peu développé en Argentine sous l’impulsion de ce personnage à la rhétorique violente et ordurière, désireux entre autres, de « botter le cul aux collectivistes de merde ». Ce côté rebelle s’inscrit dans une tradition populiste. Milei s’est mis, dans le sillage de Podemos en Espagne, à fustiger la « caste » politique tout en ne cachant pas son admiration pour Donald Trump ou Jair Bolsonaro. Il revendique l’influence de La Grève (Atlas Shrugged), le roman à succès d’Ayn Rand, la théoricienne de l’égoïsme vertueux. Son idéologie est donc libertarienne mais en même temps très connectée avec la mouvance de l’extrême droite globale.

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