Entretien
Jean-Philippe Béja : “Xi Jinping a fait de sa stratégie sanitaire le symbole d’une brutalité politique nécessaire”
“Des factions à l’intérieur du parti unique tentent de profiter du rebond épidémique pour décrédibiliser Xi Jinping.” Portraits du président chinois Xi Jinping. © Miguel Candela/SOPA Images/SIPA
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Pour le sinologue Jean-Philippe Béja, au-delà de l’impossibilité de changer de cap pour ne pas se désavouer, le président chinois use d’une rhétorique de l’homme fort pour continuer de gouverner passé deux mandats, ce qui n’était pas arrivé depuis Mao Tsé-toung.
La crise économique et sociale occasionnée par la stratégie zéro Covid-19 en Chine vous semble-t-elle préoccupante ?
Jean-Philippe Béja : Xi Jinping n’infléchira pas sa politique zéro Covid. Elle est devenue pour lui la démonstration de la supériorité de son socialisme. Les autorités chinoises passent leur temps à dire que la situation pandémique en Occident est dramatique et se vantent de n’avoir subi, officiellement, que très peu de pertes : un peu moins de 5 000 morts à l’heure actuelle. Pour le Secrétaire général du Parti, c’est même son grand argument pour accéder à un troisième mandat lors du XXe congrès du Parti communiste chinois qui doit avoir lieu en octobre. Cependant, même si la résistance est plutôt récente et faible, elle est très préoccupante pour le pouvoir central. Les protestations sont filmées et ont été relayées un temps sur les réseaux sociaux avant d’être censurées. Or, la contestation se concentre actuellement à Shanghai, qui est la métropole des puissantes familles favorables à son ancien maire Jiang Zemin, également à la tête de la République populaire de 1993 à 2003. Pendant son deuxième mandat, Xi Jinping a justement beaucoup œuvré pour circonscrire l’influence de cette « bande de Shanghai », en les expulsant des postes clés de la métropole et du pouvoir central, et en les poursuivant notamment pour corruption. Nous n’avons aucune preuve de tout cela, d’autant que le fonctionnement du parti est de plus en plus opaque. Mais il n’est pas impossible que l’expression et la diffusion de cette colère sociale soient le signe que des factions à l’intérieur du parti unique tentent de profiter du rebond épidémique pour décrédibiliser Xi Jinping.