Analyse
Shanghai : un “hyperconfinement” utilitariste ?
Du personnel médical réalise des tests de détection du Covid-19 à Shanghai (Chine), le 21 mars 2022. © Xinhua/Zhang Jian/Rea
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Le confinement à Shanghai prend une forme extrêmement radicale ? Recourir à la philosophie utilitariste permet de comprendre comment le gouvernement chinois a pu en arriver à l’imposer à 25 millions d’habitants afin de mieux assurer le bien-être de plus d’un milliard d’autres.
Utilitarisme et morale
La philosophie utilitariste, telle qu’elle a été fondée par le philosophe britannique Jeremy Bentham (1748-1832), n’a pas toujours bonne réputation du point de vue de la philosophie continentale, aux yeux de laquelle elle apparaît souvent comme une morale au rabais : au lieu en effet de chercher à fonder le Bien sur la Raison, sur Dieu ou sur une autre forme de transcendance, l’utilitarisme aurait cette étroitesse de vue qui consiste à réduire le bien et le bonheur à un simple calcul d’intérêt pour déterminer ce qui est le plus utile, c’est-à-dire le plus profitable ou le plus avantageux. Un tel calcul ou une telle évaluation n’est certes pas simple dès que plusieurs individus sont considérés ensemble, puisque ce qui est avantageux pour les uns ne l’est pas nécessairement pour les autres, et réciproquement. Il faut alors, quand on veut maximiser le bonheur d’une société, tenir compte de la somme totale qui résulte de l’ensemble des bonheurs des individus qui la composent. Dès son premier livre, le Fragment sur le gouvernement (1776), Bentham érige ainsi comme « axiome fondamental » de l’utilitarisme le fait que « c’est le plus grand bonheur du plus grand nombre qui est la mesure du juste et de l’injuste » (« It is the greatest happiness of the greatest number that is the measure of right and wrong »).