Dossier/Peut-on changer de logique ?

Jeanne Burgart Goutal : “Il m’a fallu réinitialiser mon cerveau pour appréhender le réel”

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Jeanne Burgart Goutal : “Il m’a fallu réinitialiser mon cerveau pour appréhender le réel”

Jeanne Burgart Goutal. © CP

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Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

De son long voyage en Inde sur les pas du mouvement écoféministe, la philosophe retient une expérience formatrice, qui l’a initiée à une autre forme de pensée, plus polyphonique et moins obsédée par le souci de l’unité. 

 

« Vouloir changer de logique me travaille depuis longtemps. C’est l’une des raisons pour lesquelles je fais de la philosophie. Car avant même d’aller à l’autre bout du monde, elle est déjà un voyage dans un pays où l’on dépasse la logique binaire. Mon mémoire de maîtrise portait ainsi sur le concept de contradiction chez Hegel et Nietzsche. Hegel invite à dépasser ce qu’il appelle la “logique d’entendement” au profit d’une pensée dialectique, qui avance par négations et renversements. Le deuxième jalon de ma quête a été l’étude du féminisme. La philosophe Luce Irigaray soutient que la pensée dominante en Occident s’est construite sur une logique patriarcale, celle du Même, de l’Un, et qu’une pensée féminine serait au contraire l’occasion de réfléchir à partir de l’Autre, du Deux. Enfin, il y a eu mon voyage en Inde, où je suis restée pour faire des recherches. J’avais l’impression de débarquer dans un univers sans aucun repère, incapable de comprendre comment les gens pensaient, où était le vrai, où était le faux. Mes repères habituels me semblaient inutiles, voire parasites. Il m’a fallu réinitialiser mon cerveau pour appréhender le réel. On peut subir ce dépaysement à contrecœur et le vivre très mal, ou trouver enthousiasmant d’essayer de se débarrasser de soi, même si l’on n’y parvient jamais complètement. Dans Provincialiser l’Europe [2000 ; trad. fr. Éditions Amsterdam, 2020], l’historien indien Dipesh Chakrabarty défait le mythe selon lequel il serait possible de traduire de façon transparente un imaginaire culturel dans un autre. Vouloir devenir indien d’un coup, vénérer le panthéon hindouiste ou sentir ses chakras me semble illusoire. Il est plus intéressant de voir comment les idées circulent et s’hybrident, dans des jeux de traduction, avec tous les malentendus créatifs qu’ils supposent. 

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