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Jérôme Fourquet : “Les questions identitaires sont au premier plan, et la question de l’immigration n’est pas anecdotique”

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Jérôme Fourquet : “Les questions identitaires sont au premier plan, et la question de l’immigration n’est pas anecdotique”

Jérôme Fourquet. © Franck Ferville pour PM

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Cet article est issu du numéro 181 de Philosophie magazine « Peut-on devenir meilleur ? et si oui, comment ? », en kiosque le 11 juillet 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La France sombre-t-elle dans une atmosphère de pré-guerre civile ? Réponse du sondeur et essayiste, théoricien de l’« archipélisation de la France ».

 

« Ce n’est pas représentatif de l’ensemble du territoire, mais certaines communes, notamment de banlieue, sont aujourd’hui très communautarisées. À Sarcelles, dans le Val-d’Oise, coexistent, par exemple, une forte communauté juive et des communautés maghrébines et africaines, qui vivent dans des quartiers différents. Ces deux blocs votent aux antipodes : les premiers votent de plus en plus pour Reconquête !, les seconds pour La France insoumise [LFI]. Aux élections européennes, 62 % des votants se déclarant de confession musulmane ont opté pour la liste LFI menée par Manon Aubry. Aucun autre groupe social ou démographique n’a voté aussi massivement pour une liste. En tête de leurs motivations, on trouve la question de Gaza et du conflit israélo-palestinien. On trouve aussi des exemples de groupes qui vivent dans deux communes voisines et qui votent à l’opposé : à Creil, dans l’Oise, on a un vote pro-LFI typique des communes banlieusardes, alors que Bardella est à plus de 45 % dans les communes rurales ou périurbaines des alentours. Les gamins fréquentent pourtant les mêmes établissements scolaires ! On retombe ici sur la problématique de Crépol [où un jeune de ce village s’est fait poignarder par d’autres jeunes de la ville voisine de Romans-sur-Isère] : on voit qu’on n’a pas qu’un vote social mais aussi identitaire. Les questions identitaires sont au premier plan, et la question de l’immigration n’est pas anecdotique. Je parle depuis longtemps de société archipélisée : Sarcelles est la pointe avancée de ce phénomène, qui s’observe dans nombre d’endroits à des degrés divers. Certes, les gens n’en parlent pas tout le temps, mais ces grilles de lecture sont activées très vite. Prenez la polémique opposant la chanteuse Natasha St-Pier et l’humoriste Inès Reg [qui se sont disputées dans les coulisses de l’émission Danse avec les stars] : tout de suite se sont imposés des discours décrivant la première comme une quadra blanche des suburbs nord-américains – une “Karen”, comme les surnomment les décoloniaux – et la seconde comme une “rebeu” des cités. Face à cela, on a un public dépolitisé qui va liker ce type de “battle”, comme on dit sur les réseaux. Si le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est senti obligé, lors des émeutes, de préciser qu’il y avait aussi des “Kevin” et des “Matteo”, tout le monde comprend le sous-texte… Ces fractures existent ; il n’empêche que les responsables politiques peuvent ou non décider d’appuyer dessus, d’en parler tout le temps ou bien de proposer autre chose. Le RN, comme toujours, s’empare de ces sujets, tandis que les Insoumis embraient sur un contre-discours décolonial au sujet de la police qui tue dans les quartiers, sur le génocide à Gaza, etc. »

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