La personnalité

Jesse Morton. Islamiste déradicalisé par les Lumières

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Cet article est issu du numéro 103 de Philosophie magazine « Comment surmonter ses échecs ? », en kiosque le 22 septembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« La vérité n’a pas besoin de la violence pour s’insinuer dans l’esprit des hommes, écrivait John Locke dans sa Lettre sur la tolérance en 1686. Si elle n’illumine l’entendement par son propre éclat, la force extérieure ne lui sert de rien. Les erreurs au contraire ne dominent que par le secours étranger qu’elles empruntent. » C’est en lisant ce texte en prison que Jesse Morton, ancien recruteur d’Al-Qaida et de l’État islamique aux États-Unis, a basculé pour devenir informateur du FBI, puis chercheur au sein du Programme sur l’extrémisme de l’Université George Washington, à Washington DC. Né en Pennsylvanie, abusé enfant par sa mère et mal protégé par l’école, le parcours de Morton ressemble à celui de nombreux candidats au djihad : condamné à une peine légère pour trafic de drogue, il partage sa cellule avec un prêcheur musulman, qui maîtrise l’art de l’embrigadement : « Encadrer les griefs personnels et faire croire qu’ils peuvent contribuer à une cause plus large, celle de l’Islam révolutionnaire. » À sa sortie de prison, il reprend des études, obtient un master en relations internationales, mais part dans le même temps à la conquête des mosquées de New York, trop tièdes à son goût, et lance le site Internet islamiste et antisémite Revolution Muslim qui va mener de nombreux jeunes Américains à la guerre sainte. Parmi les initiatives de ses recrues : plusieurs tentatives d’attentat sur le Pentagone ou contre un caricaturiste suédois. Capturé en 2010 au Maroc où il a trouvé refuge, exfiltré par les services secrets américains et condamné à onze ans de prison, Morton se déradicalise progressivement, grâce à ses lectures et à la bienveillance de ses surveillants. La prise de conscience définitive viendra d’une lettre reçue de Syrie d’un de ses « étudiants » qui se vante de s’être baigné dans le Tigre en Irak après avoir pendu les têtes décapitées de ses ennemis à une clôture. « Cette personne m’appelait littéralement pour toutes les questions qu’il se posait, et je lui ai dit : “Va en Syrie.” C’est comme Frankenstein. Je ne l’ai pas créé, mais j’ai certainement contribué à le créer. » Aujourd’hui, il veut lutter contre l’idéologie qu’il a aidé à diffuser. « Je voulais contribuer à la destruction du monde dans lequel je vivais. Maintenant, pour des raisons rationnelles, j’ai compris que l’ordre international a besoin d’être protégé. » À suivre l’itinéraire de Jesse Morton, l’appel à la tolérance de John Locke apparaît comme le meilleur outil contre la radicalisation.

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