Judith Butler. Sa vie
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Cet article est issu du numéro 90 de Philosophie magazine « La santé, c'est dans la tête ? », en kiosque le 28 mai 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Judith Butler naît en 1956 à Cleveland, aux États-Unis, dans une famille juive pratiquante. « J’ai grandi en me familiarisant avec la violence qu’exercent les normes de genre », avouera-t-elle. Élève indisciplinée et insolente, elle fait souvent l’école buissonnière, si bien que ses parents finissent par la déscolariser pour l’envoyer suivre des cours particuliers avec un rabbin. De leurs conversations naîtra sa passion pour la philosophie. À l’adolescence, la découverte de son homosexualité lui vaut d’être expédiée chez un psychiatre. Après des études de philosophie à l’université de Yale, elle soutient sa thèse en 1984 sur la réception de Hegel en France, dans laquelle elle s’intéresse à la relation entre le désir et la subjectivité. C’est aussi cette question qu’elle aborde d’une manière radicalement nouvelle dans Trouble dans le genre, dont la publication en 1990 va en faire l’icône du mouvement LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Nommée professeure de littérature comparée à Berkeley en 1993, Butler publie ensuite des ouvrages apparemment plus éloignés de la question du genre, comme Le Pouvoir des mots, en 1997, Vie précaire, sur l’après 11-Septembre aux États-Unis, ou encore L’État global, écrit avec la féministe indienne Gayatri Spivak, en 2007. Alors qu’elle a toujours milité pour la reconnaissance des droits homosexuels, Butler crée la polémique en 2010 : elle refuse le Prix du courage civique qui lui est décerné par les organisateurs de la Gay Pride de Berlin, pour dénoncer les dérives du communautarisme gay. Se définissant comme juive antisioniste, elle s’est aussi activement engagée pour la reconnaissance d’un État binational israélien et palestinien, en publiant en 2013 Vers la cohabitation. Judéité et critique du sionisme. À travers ces prises de position inattendues, Butler semble nous dire qu’il est impossible d’enfermer une personnalité dans une identité figée : c’est aussi ce que toute son œuvre s’emploie à démontrer.